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La dernière « croisade »
Michel Toda

Source : La Nef n°195 de juillet-août 2008
Aux croisades d’Orient et d’Espagne se sont ajoutées, en direction des régions encore
païennes de la Baltique, d’autres expéditions : celles des chevaliers Teutoniques et
Porte-Glaive. La monumentale somme publiée par Sylvain Gouguenheim sur
les Teutoniques est l’occasion de revisiter cet épisode de l’histoire.


Vers la fin du xiie siècle, l’expansion chrétienne au nord-est de l’Europe, si elle avait entamé sérieusement les zones païennes subsistantes, n’était pas close. Les populations lituaniennes et finnoises d’au-delà de la Vistule (Prussiens, Lituaniens, Courlandais, Livoniens, Estoniens) continuaient, en effet, de lui échapper. Cependant, dès 1201-1202, dans la Livonie, Albert de Buxhövden, évêque et soldat, conquit sur les païens son évêché de Riga et institua l’ordre des chevaliers Porte-Glaive, lesquels entreprirent de soumettre l’Estonie et la Courlande. Chez les Prussiens, ce fut un cistercien, Christian, qui, quelques années plus tard, décida d’agir. Sorti du monastère poméranien d’Oliva, avant-poste chrétien confinant à l’aire païenne, Christian franchit la Vistule et bâtit sur la rive droite plusieurs églises. Malheureusement, les choses allaient mal tourner, les barbares se déchaîner, et la Pologne elle-même subir leurs assauts. Si bien qu’en 1226, Conrad, duc de Mazovie, avouant sa faiblesse, appela à l’aide les chevaliers Teutoniques.
Né en Terre Sainte, l’an 1190, d’une confrérie formée à Jérusalem, par un pèlerin allemand, pour soigner les malades ou blessés de sa nation, cet ordre religieux et militaire, cadet des Templiers et des Hospitaliers, s’était établi, entre 1211 et 1225, à la demande du roi de Hongrie, dans le Burzenland, chargé par lui de tenir la garde face à la tribu tartare des Koumans. L’Ordre venait juste de s’en retirer, en très mauvais termes avec les Hongrois, lorsque Conrad l’invoqua. Son grand maître, Hermann de Salza, ne déclina pas la requête. Toutefois, avant d’intervenir sur la scène prussienne, il jugeait utile de s’assurer du soutien des deux chefs de la chrétienté, savoir le pape et l’empereur. Ce dernier, Frédéric de Hohenstaufen, auprès duquel il assumait un rôle de conseiller écouté, ne fit aucune difficulté pour céder à l’Ordre l’antique droit de l’Empire sur les montagnes, les forêts, les fleuves, la plaine et la mer in partibus Prussiae. Quant au pape Grégoire IX, comment aurait-il été indifférent à une croisade contre « les Sarrasins du Nord » ? En 1234, séduit par les premiers succès teutoniques, on le vit proclamer la Prusse partie intégrante du Patrimoine de Saint-Pierre et en confier la juridiction aux Chevaliers.
Ceux-ci, que liaient les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, et que distinguait le légendaire manteau blanc orné d’une croix noire, n’étaient pas seuls à constituer l’Ordre. Les assistaient des frères-prêtres, occupés au service du culte dans ses maisons et à la mission évangélisatrice dans les territoires conquis, et des frères-laïcs ou manteaux gris, préposés à l’intendance. Manifestement, en structurant et hiérarchisant le fonctionnement de l’Ordre, une telle division des tâches devait beaucoup contribuer à l’efficacité de son action. D’ailleurs, dans le courant de 1237, il s’augmenta des Porte-Glaive. Pressés par les Lituaniens et par les Russes, menacés d’une guerre avec le Danemark, les Porte-Glaive avaient député vers les Teutoniques pour solliciter la fusion. Mais Hermann de Salza, qui répugnait à hériter de tous leurs embarras, attendit qu’un grave revers (devant les Lituaniens) les eût rendus plus accommodants. À la suite de quoi, les deux ordres se réunirent, ce dont le souverain pontife éprouva une vive satisfaction.
Il fallut un bon demi-siècle aux chevaliers Teutoniques pour conquérir la Prusse, où ils pénétrèrent en 1230. Des groupes de croisés, périodiquement, les renforçaient ; et des contingents de colons, c’est-à-dire d’ouvriers ou de laboureurs ayant quitté avec 
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