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La IIIe République : naufrage d’un régime
Michel Toda

Source : La Nef n°191 de mars 2008
En marge de l’histoire d’ensemble de la Seconde Guerre mondiale, une autre histoire, celle de notre IIIe République broyée par la défaite de 1940, a suscité récemment un regain d’attention (1). Point de vue.

Dans un livre paru en 1935, et consacré à l’histoire de la IIIe République, qui lui apparaissait comme un cas exceptionnel de longévité en France, d’une forme politique, Jacques Bainville, à la dernière page de son volume, observait qu’en dépit d’un aspect extérieur demeuré intact, elle était maintenant débilitée, embourbée, et que si tout le monde voulait des réformes, personne n’en acceptait aucune. Pourquoi ? Parce que chaque groupe défendait obstinément ses intérêts, distincts de ceux des autres groupes, et, le plus souvent, hostiles à ceux des autres groupes. Parce que, du reste, si l’on récriminait, on ne s’accommodait pas moins de la situation existante. Et semblablement du régime en place et de son affligeant personnel. « En vain essaiera-t-on de séparer l’élu de l’électeur, notait Henry Bordeaux le 4 juin de cette même année. L’indignité du premier rejaillit sur le second... qu’on voit couramment réélire des gens tarés dont les tares lui ont été révélées surabondamment » (2). Force des encadrements, des entraînements, des routines... Conspiration de l’inertie avec la fidélité détournée de son sens...
À cela qui n’était pas nouveau, qu’avait donc changé la coûteuse (ô combien !) victoire de 1918 ? Les partis alors se retrouvèrent dans leur cadre ordinaire, et la majorité de centre droit venue garnir, le 16 novembre 1919, les bancs de la Chambre des députés montra vite son néant. Ayant laissé les postes clés aux mains des pires sectaires et trafiquants de la veille, elle s’en ira, le regard bovin et la tête basse, à la boucherie électorale de mai 1924. Bref, fantaisie ou accident, la République bleu horizon s’effacerait piètrement devant la vieille République, la bonne, la vraie, celle des gauches, que ses insuccès passagers n’empêchaient pas de subsister, pareille à une eau disparue qui va toujours, filant sous terre, et resurgit, vigoureuse, un peu plus loin. Encore une fois, les « modérés » s’y résignaient. Sans qu’on puisse précisément s’en étonner. « Ils saluent les mêmes idoles que les gens de gauche, persiflait Abel Bonnard, ils leur rendent le même culte, avec la seule humiliation de n’être, dans cette pompe, que d’éternels enfants de chœur » (3).
Un homme qui, pour l’avoir servi et dirigé, connaissait bien le système, jugé par lui, dès 1935, « non tolérable et non perfectible », et qui, pour le dire, allait prendre « l’indépendance du solitaire », André Tardieu, publia coup sur coup, en 1936 et 1937, deux réquisitoires d’une sévérité implacable (4). On était aux beaux jours du Front Populaire, auquel les radicaux éperdus, salis par les scandales de 1934, apportèrent leurs influences administratives, les socialistes et les communistes leur ardeur militante. Déjà, cependant, de gros nuages commençaient à obscurcir le ciel européen. Or, au début de 1938, quand arrive la crise autrichienne, et l’entrée à Vienne des troupes du Reich, le cabinet Chautemps est démissionnaire – remplacé par un éphémère cabinet Blum, puis par un cabinet Daladier. Celui-ci ne peut éviter de porter son attention vers le dehors, spécialement vers la Tchécoslovaquie amie mais difforme (soviétophile aussi, et maçonnique, et assujettissant les Slovaques catholiques), menacée à son tour par les exigences, que soutient Hitler, de l’importante minorité allemande des Sudètes. La protéger à tout prix ? Il eut fallu faire la guerre. Finalement, après quelques semaines d’extrême inquiétude, et une mobilisation partielle, Daladier, à l’exemple de son collègue britannique Neville Chamberlain, signa, le 30 septembre 1938, à Munich, les accords qui donnaient satisfaction au Führer. « Au premier instant, a écrit Daniel Halévy, rien ne fut senti que le bienfait de la paix. Pour beaucoup, la fin d’une 
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