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Nom de code : « Siège 12 » !
Thomas Grimaux

Source : La Nef n°180 de mars 2007
Nom de code : « Siège 12 » !
(La Nef n°180 de Mars 2007)

par Thomas Grimaux

Depuis la pièce de théâtre Le Vicaire et les « documents irréfutables » sur laquelle elle s’appuie, l’Église est présentée comme « complice de l’Holocauste » et Pie XII comme « sympathisant d’Hitler ». Mais l’ancien patron des services secrets roumains vient de confesser que les documents sont des faux, créés par le KGB. Retour sur l’une des manipulations les plus réussies de l’histoire, l’opération « Siège 12 ».

par Thomas Grimaux

Étonnamment, jusqu’en 1963, personne ne pense à critiquer l’Église pour son rôle lors des années de guerre. Mais, à cette date, une pièce de théâtre, Le Vicaire, de Rolf Hochhuth, accrédite l’idée selon laquelle Pie XII aurait été un allié d’Hitler. Le producteur, Erwin Piscator, répond aux critiques formulées devant une telle œuvre partisane en avançant qu’il possède quarante pages de documents irréfutables. La polémique enfle. Des milliers d’articles, majoritairement à charge, sont publiés. La pièce est traduite en 20 langues, jouée partout, de Berlin à Londres, en passant par New York… En 2002, les Français découvrent le film Amen, de Costa Gavras, avec le jeune Matthieu Kassovitz. Le verdict est sans appel, l’Église est complice de l’Holocauste comme l’affiche le montre : une croix gammée est mêlée au crucifix avec ce simple mot pour titre Amen. Amen, c’est-à-dire « d’accord ».
Mais voilà, coup de tonnerre, dans un article du 25 janvier 2007, le lieutenant général Ion Mihai Pacepa dévoile la machination connue sous le nom de code « Seat 12 », « Siège 12 ».
De qui s’agit-il ? Du plus haut officier des services secrets de l’Est jamais passé à l’Ouest. De l’ancien « patron » des services roumains. Du maître d’œuvre de la manipulation. De quoi s’agit-il ? D’une formidable conspiration marxiste visant à discréditer l’Église, non plus en la taxant d’alliée de l’impérialisme américain mais en la présentant comme complice d’Hitler. La cible est trouvée, Pie XII – d’où le nom de l’opération « Seat 12 ».
« En février 1960, précise l’ancien espion, Nikita Khrouchtchev approuva un plan secret destiné à saper l’autorité morale de l’Église dans les pays occidentaux. Eugène Pacelli, qui devint le pape Pie XII, fut sélectionné par le KGB comme cible principale de l’incarnation du mal parce qu’il décède en 1958. Or, “les hommes morts ne peuvent se défendre eux-mêmes” » et, Mgr Pacelli ayant servi comme nonce à Munich et Berlin, il est plausible de le présenter comme un « antisémite, encourageant l’Holocauste ». Mais, pour cela, encore faut-il des preuves. Bien sûr, elles n’existent pas. Alors le KGB décide de les fabriquer. Ce sera l’ambition de l’opération de manipulation « Siège 12 ».
Moscou ne veut pas inventer un faux grossier mais changer « très légèrement » un mot ou une phrase réellement prononcés par le futur Pie XII. Mais pour connaître ces documents à falsifier, l’accès aux archives du Vatican est nécessaire. Or, si la demande émane du KGB, elle sera refusée. Les Soviétiques imaginent donc un stratagème, faire appel aux Roumains – c’est ici qu’apparaît Pacepa – pour qu’ils obtiennent cet accès aux archives. En 1959, Pacepa est donc envoyé, sous une couverture officielle, à la Mission roumaine d’Allemagne de l’Ouest. Pour « appâter » Rome, l’espion fait croire au Vatican que la Roumanie serait prête à restaurer les accords diplomatiques, rompus en 1951 entre son pays et le Saint-Siège.
Deux conditions sont demandées à Rome. D’abord, l’ouverture de ces archives afin que les Roumains trouvent des éléments historiques disculpant leur pays de la rupture du traité. Le but officiel est simple : si les Roumains ont pris la décision de rupture, c’était à cause de faux rapports. Ils pourront ainsi expliquer ce nouveau retournement, sans perdre la face. Le Vatican doit également faire un prêt d’un milliard de dollars, remboursable sur 25 
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