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Un martyrologe spécifique ?
Dossier Guerre d'Espagne 1936-1939
M. l'abbé Miguel Dionisio

Source : La Nef n°186 d'octobre 1986
La persécution des catholiques d’Espagne commence bien avant la guerre civile.
Panorama d’une situation qui conduit de nombreux fidèles au martyre.



Une des pages les plus dramatiques, et en même temps la plus glorieuse, de la vie de l’Église en Espagne durant le xxe siècle, fut écrite pendant la persécution qui l’a frappée tout au long des années trente, et particulièrement pendant les premières semaines de la Guerre civile. Cette persécution a été reconnue comme la plus cruelle dont l’Église eut à pâtir depuis ses deux milles ans d’histoire, tant par l’intensité, sur une courte période, que par la variété et l’horreur des formes qu’elle a revêtues. Tenons-nous en à la réalité des faits, en les analysant par rapport à leurs antécédents, dès les premiers moments de l’établissement de la République. Il appert de cette analyse que cette persécution fut le point culminant d’un ensemble de comportements qui contribuèrent à créer le climat propice aux terribles événements de l’été 1936, qui furent tout sauf une explosion spontanée et improvisée.

Les antécédents

Le 12 avril 1931, les élections municipales, après la dictature de Miguel Primo de Rivera (1923-1930), se soldèrent par une victoire des candidats républicains. Devant la crise qui en résulta, le roi Alphonse XIII décida d’abandonner le pays. Immédiatement fut proclamée la Seconde République, avec un gouvernement provisoire dans lequel prédominaient les représentants de la gauche. Néanmoins, la présidence était assurée par un catholique, Niceto Alcala Zamora. Cela paraissait garantir un certain équilibre face aux anti-cléricaux.
L’Église espagnole, suivant les recommandations du Saint-Siège, se soumit dans l’ensemble au nouveau régime, sauf le cardinal Segura, primat d’Espagne. Tout cela aurait été sans conséquence si n’avaient pas éclaté les graves incidents du 11 mai. Ce jour-là, des groupes incontrôlés, profitant de la passivité des autorités, se mirent à incendier plusieurs couvents et églises du centre de Madrid. Le mouvement s’étendit à d’autres régions de l’Espagne, avec, parfois, la participation de l’autorité locale. Ces incidents commençèrent à éloigner les catholiques de la République.

La législation anti-religieuse

Un des objectifs que s’étaient fixés les gouvernants était la transformation du pays. Urgentes et nécessaires, les réformes furent cependant conduites d’après des critères teintés d’un fort anticléricalisme qui s’inspirait de la IIIe République française. On estimait que la modernisation de l’Espagne était impossible sans éliminer l’influence de l’Église. Ainsi, la législation allait de plus en plus se signaler par son parti-pris anti-ecclésiastique.
Entre-temps, aux Cortès nouvellement élues, un débat avait eu lieu sur la nouvelle Constitution, où l’influence de la majorité de gauche si fit grandement sentir. La question religieuse avait été réglée par des articles où la séparation de l’Église et de l’État fut proclamée, le traitement du clergé supprimé, les biens d’Église nationalisés et certains ordres religieux interdits (ex : la Compagnie de Jésus). Cette législation fut condamnée fermement par Pie XI dans l’encyclique Dilectissima nobis.
Toute cette accumulation de dispositions provoqua, comme conséquence positive, une meilleure prise de conscience et un plus grand engagement de la part des catholiques, d’où allait jaillir bientôt le succès relatif de la CEDA (Confédération espagnole des droites autonomes) aux élections de 1933. Ce succès permit un assouplissement dans l’application des lois, mais il fut aussi le détonateur de la première réaction violente de la gauche radicale : octobre 1934.

La révolution d’octobre 1934

Après la déroute électorale des gauches, quelques éléments plus radicaux, parmi lesquels il faut inclure une partie du PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) dirigé par Largo Caballero, choisirent la voie 
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