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« Tradition et Romanité »
M. l'abbé Vincent Ribeton
Source :
La Nef n°196 de septembre 2008
Née avec le motu proprio Ecclesia Dei du pape Jean-Paul II, la Fraternité Saint-Pierre célèbre son vingtième anniversaire. Depuis le temps de sa fondation, le contexte ecclésial a considérablement changé. En particulier, la messe traditionnelle a retrouvé sinon dans les faits du moins dans le droit toute sa place dans l’Église. Les communautés dont la spécificité est l’observance des livres liturgiques de 1962 ne peuvent plus passer pour marginales : elles sont au contraire au cœur de la vie de l’Église. Leur champ apostolique s’ouvre largement : l’Église latine veut offrir les trésors de sa tradition liturgique à tous les fidèles.
Bien évidemment, les communautés dites Ecclesia Dei n’ont pas le monopole de la célébration selon la forme extraordinaire. Néanmoins, l’utilité de communautés spécialisées demeure : elles apportent la formation et l’approfondissement indispensables au rayonnement de la tradition liturgique latine et elles stimulent l’intérêt de l’Église pour cette forme liturgique.
Dans ses deux séminaires de Wigratzbad (Allemagne) et Denton (USA), la Fraternité Saint-Pierre forme avec soin ses futurs prêtres à la célébration de la forme extraordinaire ; ils sont non seulement préparés à l’exécution correcte des cérémonies liturgiques mais surtout à leur compréhension profonde : il s’agit de découvrir et de pouvoir faire apprécier les richesses spirituelles et doctrinales de la liturgie traditionnelle. Il s’agit d’aller au fond des choses, et de ne pas se contenter d’une approche esthétique de la liturgie. La lex orandi de l’Église est en effet liée à la profession de la foi catholique ; comme l’a exprimé Benoît XVI dans Summorum Pontificum, elle est une traduction concrète de sa lex credendi.
Par son souci de cohérence entre lex orandi et lex credendi, la Fraternité Saint-Pierre rejoint une préoccupation majeure du pontificat de Benoît XVI : la transmission intègre de la foi, l’enseignement de la saine doctrine.
À plusieurs reprises, le Souverain Pontife a manifesté son inquiétude devant la montée du relativisme. Comme son discours de Ratisbonne l’atteste, il veut promouvoir l’intelligence de la foi, manifester la cohérence de la relation entre foi et raison. Sensible à ce souci, la Fraternité Saint-Pierre forme ses prêtres à l’école du Docteur commun, saint Thomas d’Aquin. Le thomisme fait partie des piliers de la Fraternité Saint-Pierre. Il est la meilleure réponse aux erreurs du temps et permet de fonder en ce début de xxie siècle une apologétique toujours valable pour manifester la crédibilité du dogme catholique.
Pour annoncer l’Évangile à toutes les personnes selon leurs conditions respectives, la Fraternité Saint-Pierre s’appuie sur des méthodes pastorales qui ont fait leurs preuves. L’art de la pastorale n’est pas à inventer. Il s’agit plutôt d’approfondir ce que nos pères nous ont légué. Les pédagogies traditionnelles d’enseignement du catéchisme et de prédication des vérités de la foi restent valables aujourd’hui sans exclure des renouvellements pour tirer par exemple le meilleur profit des techniques modernes de communication. Ce qu’un prêtre isolé ne peut pas forcément réaliser, la Fraternité Saint-Pierre en mettant en commun travaux et ressources peut l’accomplir : par exemple, elle propose une méthode complète de catéchisme (Les Trois Blancheurs) pour enfants et adolescents, à la fois traditionnelle dans son contenu et renouvelée quant à la forme. Plusieurs curés ont adopté ce catéchisme pour leur paroisse, signe que la Fraternité Saint-Pierre apporte une contribution utile à l’effort de transmission de la foi bien au-delà des cercles dits « traditionalistes ».
Benoît XVI ne l’a jamais caché : il est conscient de la gravité de la crise doctrinale à l’intérieur de l’Église. Parce que celle-ci s’alimente d’interprétations erronées ou abusives du concile Vatican II ou des réformes qui l’ont suivi, le pape