Le 19 avril 2005, le conclave élisait pape le cardinal Ratzinger. Après deux ans de pontificat, quel premier bilan tirer de l’action de ce pape très populaire qui a fêté le 16 avril dernier ses 80 ans ?
Après la mort de Jean-Paul II, tout le monde s’accordait à reconnaître qu’il serait très difficile de succéder à une personnalité aussi forte, aussi charismatique, qui a tant marqué l’histoire de l’Église en cette fin de xxe siècle. Eh ! bien la transition s’est faite tout naturellement et Benoît XVI s’est lui-même imposé comme un pape à la carrure exceptionnelle. Non en cherchant à imiter son prédécesseur – qui est inimitable –, mais en restant lui-même, tout simplement. Les charismes de Benoît XVI ne sont à l’évidence pas ceux de Jean-Paul II, mais ils sont très complémentaires. L’Église a la chance d’avoir à sa tête l’un des plus grands théologiens actuels de l’Église, un intellectuel exceptionnel d’une finesse d’esprit et d’une intelligence que même ses adversaires sont obligés de reconnaître. Chacun de ses textes est riche, le moindre de ses discours recèle des vérités qui touchent ceux qui l’entendent. C’est pourquoi la foule ne cesse de se précipiter à ses audiences, angelus ou discours divers : 3,4 millions de personnes pour la deuxième année de son pontificat ; un record !
Ce pape, donc, que l’on décrivait comme un homme austère, conservateur, sans charisme touche en réalité profondément ses contemporains et s’avère très populaire au grand dam de certains chrétiens attachés à des schémas rétrogrades. Il s’attache à gouverner l’Église en alliant douceur, écoute et fermeté. Il voyage bien évidemment beaucoup moins que Jean-Paul II, son âge l’obligeant à se ménager. Il a néanmoins déjà accompli cinq grands voyages : Pologne (sur les pas de Jean-Paul II), Allemagne (les JMJ de Cologne et, l’année suivante, son pèlerinage en Bavière), Espagne (Journées mondiales de la Famille), Turquie et, du 9 au 14 mai prochains, le Brésil.
Ces deux années de pontificat ont été fort riches et il n’est pas question de prétendre à un bilan exhaustif – je ne reviendrais pas notamment ici sur l’encyclique Deus caritas est ni sur l’exhortation Sacramentum caritatis qui a été présentée dans le dernier numéro. Je souhaiterais plutôt m’arrêter sur quelques points qui me paraissent essentiels.
Benoît XVI et Vatican II
Le premier concerne le très important discours du 22 décembre 2005 à la Curie romaine. La partie centrale de ce discours porte sur le concile Vatican II et Benoît XVI y défend ce qu’il a appelé « l’herméneutique de la réforme » qui s’oppose à « l’herméneutique de la discontinuité ». Certains ont compris ce discours comme la reconnaissance d’une possible remise en cause de certains aspects du concile et y ont vu un tournant du Magistère. La réalité n’est pas celle-ci. Benoît XVI déplore la volonté de rupture de ceux qui veulent opposer une Église post-conciliaire qui aurait enfin découvert la réalité du message évangélique à une Église pré-conciliaire rétrograde. Cette dialectique de rupture s’est appuyée, non sur les textes conciliaires, mais sur l’interprétation erronée que l’aile progressiste en a donnée et que l’on a abusivement qualifiée d'« esprit du concile ». Il est vrai, reconnaît le Saint-Père, qu’un regard superficiel peut voir une rupture, mais celle-ci n’est qu’apparente. Après la Révolution et les politiques anti-chrétiennes qui l’ont suivie un peu partout en Europe, l’Église s’est opposée frontalement à la modernité. Mais les situations ont beaucoup évolué depuis deux siècles et il était nécessaire « de définir de façon nouvelle le rapport entre l’Église et l’époque moderne », explique Benoît XVI : d’abord entre la foi et les sciences modernes ; ensuite entre l’Église et l’État moderne. « Il est clair que dans tous ces secteurs, dont l’ensemble forme une unique question, pouvait ressortir une certaine forme de discontinuité et que,