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La voie de Benoît XVI
Editorial
Christophe Geffroy
Directeur du mensuel catholique La Nef

Source : La Nef n°194 de juin 2008
La Providence a donné à l’Église un pape théologien pour la gouverner. Sans bruit et sans précipitation mais avec détermination, Benoît XVI accomplit un travail immense. On en a une petite idée, lorsqu’on lit régulièrement ses interventions publiques toujours riches d’enseignements. Le mois dernier, il a prononcé une homélie magnifique le dimanche de la Trinité à Gênes où, partant des relations d’amour entre les trois Personnes divines, il a expliqué que l’homme était appelé à la communion : « L’homme ne se réalise pas dans une autonomie absolue, en ayant l’illusion d’être Dieu, mais, au contraire, en se reconnaissant en tant que fils, créature ouverte, tendue vers Dieu et vers ses frères, dans le visage desquels il retrouve l’image du Père commun. On voit bien que cette conception de Dieu et de l’homme se trouve à la base d’un modèle correspondant de communauté humaine, et donc de société. C’est un modèle qui existe avant toute réglementation législative, juridique, institutionnelle, mais je dirais également avant les particularités culturelles. Un modèle de famille humaine commun à toutes les civilisations, que nous chrétiens avons l’habitude d’exprimer dès l’enfance en affirmant que les hommes sont tous des fils de Dieu et donc tous frères. Il s’agit d’une vérité qui se trouve dès le début derrière nous et, dans le même temps, qui est toujours devant nous, comme un projet auquel aspirer toujours dans chaque construction sociale. C’est une conception qui se fonde sur l’idée de Dieu Trinité, de l’homme comme personne – non comme pur individu – et de la société comme communauté – non comme pure collectivité » (1).
Passage d’une rare densité qui explicite la vision de Dieu et de l’homme enseignée par l’Église et dont les conséquences concrètes découlent aisément, particulièrement dans les domaines politique et social.


Fils du même Père céleste, les hommes sont tous frères et forment une famille humaine qui ne s’arrête pas à la juxtaposition d’êtres sans aucun rapport entre eux. C’est la conception individualiste de la modernité libérale qui est particulièrement visée par le pape : un homme autonome qui se construit lui-même et qui n’a de compte à rendre à personne dès lors qu’il n’empiète pas sur la liberté d’autrui. Cette conception aboutit au relativisme et à une atomisation de toute société humaine, elle brise tous les liens naturels qui unissent les hommes les uns aux autres, depuis la famille jusqu’à la patrie, en passant par les corps intermédiaires : de tels individus n’ont plus rien en commun, sinon une liberté indéterminée, qui est incapable de créer un lien communautaire, bien au contraire, elle ne peut que le détruire. Ainsi, toute notion de Bien commun – qui est davantage que la somme des intérêts particuliers – disparaît-elle.
L’individualisme, en brisant le lien communautaire, rompt également l’esprit de solidarité sur lequel Benoît XVI a fortement insisté le mois dernier et qui est l’un des fondements de la doctrine sociale de l’Église (2). Sans solidarité, a dit le pape, sans une juste vision de la dignité de la personne, sans « engagement irrévocable à construire le Bien commun », sans appliquer le principe de subsidiarité, il ne peut y avoir ni paix ni justice. Il est choquant qu’une toute petite minorité détienne la majorité des richesses. Certes, une telle situation ne peut changer d’un coup de baguette magique, mais encore faut-il avoir la volonté de la modifier conformément à l’enseignement de l’Église sur la « destination universelle des biens » : les richesses de la terre sont pour tous les hommes – la propriété privée ne peut être en aucune façon un absolu, elle doit être au service du Bien commun – et les plus favorisés ont le devoir d’aider les plus pauvres. Or, on s’abrite trop souvent derrière des considérations économiques qui, conformément aux théories libérales, prétendent un peu facilement qu’aider les plus pauvres est inefficace – bref, il 
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