
Le deuxième concile du Vatican induit sans nul doute un renouvellement dans la compréhension des rapports entre l’Église catholique et les autres Églises et Communautés chrétiennes. On passera ici sur les gestes significatifs – invitation faite à des protestants et à des orthodoxes à participer comme observateurs, aux travaux du concile, levée réciproque des excommunications entre Rome et Constantinople – pour se concentrer sur les textes, c’est-à-dire, principalement, la Constitution Lumen gentium et le Décret Unitatis redintegratio. Nous envisagerons successivement : 1) l’ecclésiologie de Vatican II sous-jacente à ses positions en matière d’œcuménisme; 2) les « avancées » du concile en ce domaine; 3) les points d’arrêts qui permettent de ne pas mettre en cause le fait que l’Église catholique soit le seul instrument du salut.1. Il est à noter avant tout que l’œcuménisme de Vatican II n’est pas dissociable de son ecclésiologie. Relevons trois aspects de cette ecclésiologie qui seront utiles à notre propos.a) L’Église est présentée comme « le sacrement universel du salut » (Lumen gentium, LG 48). La sacramentalité est appliquée à l’Église de façon analogique : « veluti » (LG 1) : il n’a jamais été question de faire de l’Église un huitième sacrement ! Cette approche a l’avantage de mettre en parallèle l’Église et l’Incarnation : dans l’Église, l’aspect visible est à l’Esprit de Dieu ce que, dans le Christ, l’humanité de Jésus est au Verbe divin (cf. LG 8). Le rapport du visible à la grâce fonde le recours à la catégorie du sacramentel (le sacrement étant le signe sensible d’une réalité sacrée en tant qu’elle sanctifie l’homme) et le concile a soin de préciser que si l’Église est sacrement, c’est non seulement comme « signe » qui atteste mais aussi comme « instrument » qui actualise (LG 1) le salut. b) L’Église du Christ est dite « subsister dans » l’Église catholique (LG 3) de façon à « mettre en lumière qu’il existe une seule "subsistance" de la véritable Église, alors qu’en dehors de son ensemble visible existent seulement des "elementa Ecclesiae" qui – étant des éléments de la même Église – tendent et conduisent vers l’Église catholique (LG 8) » (1). « Subsister », dit encore le cardinal Ratzinger, c’est exister dans un sujet individuel par définition incommunicable, ce qui revient à « exprimer la singularité et la non-multiplicité de l’Église catholique » (2). Une telle interprétation du « subsistit in » ne met pas en cause un œcuménisme de retour des chrétiens à l’unique Église (catholique) et ne préconise pas un œcuménisme d’« établissement de la pleine communion de ces Églises et Communautés ecclésiales avec l’Église catholique » (3).c) La formule, reçue de la tradition, « hors de l’Église, point de salut » est comprise comme visant « ceux qui refuseraient soit d’entrer dans l’Église catholique, soit d’y persévérer, alors qu’ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus-Christ comme nécessaire » (LG 14). Si le concile ne développe pas la doctrine de Pie XII sur l’appartenance invisible (in voto) à l’Église des personnes qui ne sont pas en lien concret avec l’institution ecclésiale, c’est sans doute pour les trois raisons suivantes : dépasser une vision jugée trop extérieure et juridique de l’Église-société; situer la nécessité de l’Église moins du côté de l’appartenance du sujet (cause matérielle) que de l’exercice impérieux de la mission salvifique (cause efficiente); éviter l’« annexionisme » des « catholiques malgré eux » !2. Si, jusqu’alors, le Magistère envisageait le salut de ceux, et notamment des chrétiens, qui se trouvent hors du périmètre visible de l’Église catholique, abstraction faite de leur adhésion à une autre confession (chrétienne), le concile prend désormais cette adhésion explicitement en compte. Au concept d’« appartenance de désir implicite » déjà évoqué se substitue celui de « communion » (cf. LG 15 et UR 3) qui semble désigner de façon plus adéquate le lien à