Le cinquantenaire de la mort de Pie XII, le 9 octobre prochain, promet de nouveaux bras de fer entre les partisans de sa « culpabilité » et ceux de sa béatification. La moindre annonce, même infondée, est un prétexte pour relancer la polémique du vide.
À ce sujet, l’année 2007 peut être considérée comme « l’année Pie XII » tant les « révélations » se sont multipliées en dépit du bon sens historique. Afin de bien comprendre la situation actuelle, il convient de revenir sur ces temps forts qui ont amené le pape Benoît XVI à retarder la béatification de son prédécesseur
Beaucoup de bruit pour rien
En janvier 2007, le général Ion Pacepa, ancien haut dirigeant du KGB, révèle que les communistes ont créé de toutes pièces la légende noire autour de Pie XII : la pièce Le Vicaire, écrite par Rolf Hochhut, participerait de cette campagne des services secrets visant à briser l’influence d’un pape profondément anticommuniste. Si des soupçons existaient déjà dans les années soixante sur le rôle du KGB dans la parution de cette pièce, jamais une telle preuve n’avait été apportée. Deux mois plus tard éclate la polémique entre Israël et le Saint-Siège – via Mgr Antonio Franco, nonce en Terre Sainte – à propos d’une présentation critique de Pie XII par le Mémorial de Yad Vashem en mars de la même année. La venue du prélat ne s’est faite qu’à la condition de réexaminer les propos tenus sur le pape Pacelli. En avril, le cardinal Bertone publie une circulaire de Pie XII, dont fait mention le père Pierre Blet dans son ouvrage (1), adressée aux instituts religieux et datée du 25 octobre 1943, demandant aux religieux d’accueillir et de sauver tous les Juifs qui le demandent.
Les mois de mai et juin furent particulièrement denses : Pie XII fut au centre de nombreux débats. Tout d’abord, le mardi 15 mai 2007, la Congrégation pour la cause des saints a approuvé à l’unanimité une déclaration sur les vertus du pape Pie XII, laissant dorénavant au pape le soin de reconnaître l’héroïcité de ses vertus. La réaction fut immédiate : la fin du mois de mai vit ressurgir une polémique qui ne fut pas sans rappeler l’affaire de « l’encyclique cachée »… texte qui n’était ni encyclique, ni cachée : Emma Fattorini, historienne reconnue, aurait découvert un discours qu’aurait dû prononcer Pie XI s’il n’était pas mort la veille. Pie XII se serait empressé, sitôt son élection au siège de Pierre, de faire disparaître ce texte dénonçant violemment l’antisémitisme. Bien entendu, cette affaire n’était qu’un vaste tissu d’erreurs ; la première d’entre toutes fut que ce texte avait déjà été publié par… Jean XXIII dans la Documentation catholique.
Le 5 juin 2007, Andrea Tornielli publia la première biographie complète de Pie XII, qui fit l’objet d’une présentation officielle au Vatican (2). Cet ouvrage, considéré comme le travail le plus sérieux réalisé jusqu’à présent, souligne tous les aspects de la personnalité du pape Pacelli et de son pontificat. Quelques jours plus tard, le 21 juin, parut en France l’étude du rabbin David Dalin sur l’attitude de Pie XII envers les Juifs (3). La conclusion est sans appel : le pape mériterait d’être « Juste parmi les nations », haute distinction d’un peuple outragé envers ceux qui l’ont aidé.
Cette énumération fastidieuse est destinée à rappeler que la situation, sur le plan international, est tendue dès qu’il s’agit d’aborder le pontificat de Pie XII. C’est cet enchaînement de faits qui a influencé Benoît XVI et l’a amené à reporter la promulgation reconnaissant l’héroïcité des vertus de Pie XII, ouvrant ainsi la voie à sa possible béatification. Avant de porter tout jugement sur cet acte, il nous faut examiner la raison pour laquelle Benoît XVI a agi de la sorte, le 17 décembre dernier : Pie XII ne figurait pas dans la liste des huit personnes promises à une béatification prochaine, avec la grâce de Dieu. Parallèlement, Benoît XVI