Infatigable témoin de la vérité, le pape Benoît XVI devait le 17 janvier dernier s’exprimer devant les élèves et professeurs de la principale université de Rome, « la Sapienza ». Dans le passé, que ce soit en tant que pape ou en tant que cardinal, il s’était déjà exprimé dans de nombreuses institutions universitaires laïques, en France, en Allemagne ou dans d’autres pays. L’université italienne avait quant à elle déjà accueilli Paul VI et Jean Paul II. Mais cette fois-ci le discours prévu n’a pas eu lieu devant les menaces de manifestations de certains professeurs et élèves encouragés par une presse hostile. Ce laïcisme virulent et intolérant, nous le connaissons aussi en France où toutes les occasions sont bonnes pour gommer toute référence au christianisme de la vie publique. Il ne s’agit même plus de considérer le témoignage de la foi chrétienne comme une opinion comme une autre, mais de plus en plus de le considérer comme une opinion qui ne peut pas s’exprimer ni revendiquer quelque richesse que ce soit et encore moins d’être une voie privilégiée pour le bonheur. Une telle pensée est intolérable à certains de nos contemporains qui y voient une agression contre la raison. Face à cela, dans son discours non prononcé, mais néanmoins lu puis publié dans l’Osservatore Romano, le Saint-Père a réaffirmé que la raison seule ne pouvait suffire à donner un sens à la vie humaine et que vouloir opposer foi et raison était une impasse : « Toutefois si la raison – soucieuse de sa pureté présumée – devient sourde au grand message qui lui vient de la foi chrétienne et de sa sagesse, elle se dessèche comme un arbre dont les racines n'atteignent plus l'eau qui lui donne la vie. Elle perd le courage de chercher la vérité et rapetisse au lieu de grandir. »
La Sapienza continue Ratisbonne
Comme il l’avait déjà fait à Ratisbonne, le Saint-Père apparaît comme un témoin de la vérité, pas une vérité construite par l’homme dans l’étroit cercle de sa propre raison, mais la vérité de Dieu qui seule transcende l’humanité et le mène à la connaissance de son vrai bien. Sans boussole, sans phare, avertit le pape, « la raison, en fin de compte, cède à la pression des intérêts et à l'attraction de l'utilité, qu'elle est contrainte à reconnaître comme critère ultime. »
Aussi à l’aise pour s’adresser aux simples fidèles qu’à des universitaires, le pape est véritablement un pédagogue de grand talent. Ses discours concis et clairs touchent les cœurs et les esprits et c’est sans doute là qu’il faut chercher la raison d’une opposition croissante au dialogue qu’il cherche à établir avec le monde moderne incroyant… Signe de contradiction, le pape est à l’image de son divin maître. Intimement convaincu que tout homme cherche la vérité, il veut lui faire connaître la Vérité ultime, le Christ. Cette attitude permanente de dialogue du pape et l’hostilité qu’elle suscite de la part des laïcistes acharnés montre bien que plus que jamais l’Église reste le dernier rempart contre l’intolérance et l’utilitarisme d’une société qui n’en finit pas, tel Prométhée, de s’enfermer dans un orgueil destructeur.