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Un nouvel oecuménisme ?
Chronique Vie de l'Eglise
Loïc Mérian
Président du Forum pour la Nouvelle-Evangélisation

Source : La Nef n°193 de mai 2008

Comme c’est désormais la coutume, le pape a rencontré les représentants de différentes confessions chrétiennes le vendredi 18 avril à New York. Son discours clair et précis a nettement contrasté avec ce que l’on entend habituellement sur la question œcuménique.

Mais le discours du Magistère sur l’œcuménisme n’a pas fondamentalement changé depuis le Concile si l’on prend les textes du Magistère dans leur ensemble, c’est-à-dire si on y inclut aussi par exemple la déclaration Dominus Iesus rappelant que Jésus-Christ est l’unique voie de salut pour tous les hommes. Certains textes pris individuellement, aux expressions plus audacieuses peut-être, ont pu être interprétés de manière isolée et ont donné lieu à de graves confusions dans le domaine de la foi et à un relativisme dont le Saint-Père dénonce les dégâts importants depuis le début de son pontificat. Dans l’esprit des simples fidèles, et même hélas d’un certain nombre de prêtres, les différences doctrinales entre les confessions chrétiennes sont soit accessoires, soit inexistantes, soit des obstacles à une véritable unité qu’il vaut mieux faire passer au second plan.

Sur le plan humain, il n’est pas toujours facile d’essayer d’avoir un dialogue charitable et respectueux avec les fidèles des autres confessions, tout en affirmant fermement les différences doctrinales qui nous séparent parfois et qui ont été dans l’histoire mêlées à de douloureuses blessures. Pour beaucoup de chrétiens peu formés, nos frères protestants ou orthodoxes n’ont aucunement besoin d’adhérer au Credo catholique puisqu’ils connaissent déjà Jésus-Christ… Mieux vaut selon eux évangéliser ceux qui ne croient pas et laisser en paix les autres avec lesquels nous avons eu suffisamment de différends dans le passé.

Ce n’est pas la vision de l’œcuménisme que Benoît XVI est venu exposer aux États-Unis, surtout « au moment où le monde est désorienté et a besoin de témoignages communs et convaincants sur le pouvoir salvateur de l’Évangile ».

Le danger relativiste guette les chrétiens dans leur attitude envers les autres confessions chrétiennes : « Même au sein du mouvement œcuménique les chrétiens peuvent se montrer réticents à affirmer le rôle de la doctrine par crainte qu’il ne fasse qu’aggraver les blessures de la division au lieu de les soigner. Malgré cela, un témoignage clair et convaincant sur le salut opéré pour nous en Jésus-Christ doit être fondé sur la notion d’enseignement apostolique normatif. » Et le pape de conclure : « Ce n’est qu’en “gardant fermement” l’enseignement sûr (cf. 2 Th 2, 15) que nous réussirons à faire face aux défis que nous sommes appelés à relever dans un monde qui change. »

Cette vision est d’ailleurs parfaitement cohérente avec la façon dont il envisage le dialogue interreligieux. Le 17 avril à Washington, le Saint-Père affirmait : « Chers amis, en cherchant à découvrir nos points communs, nous avons peut-être négligé la responsabilité que nous avons de discuter de nos différences avec calme et clarté. [...] L’objectif le plus important du dialogue interreligieux demande un exposé clair de nos doctrines religieuses respectives ».
Le pape nous invite donc plus que jamais à une fidélité paisible et confiante dans la totalité de la foi chrétienne. La charité et la vérité ne s’opposent pas, bien au contraire.

Loïc Mérian