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La renaissance du chant liturgique corse
Jean-Paul Poletti

Source : La Nef n°179 de Février 2007
Jean-Paul Poletti consacre sa vie à faire revivre et transmettre le chant liturgique corse. Il a ainsi créé le Chœur d’hommes de Sartène qui, par ses concerts et ses disques, fait connaître cette magnifique tradition. Le personnage est impressionnant et fait passer un message fort.


La Nef – Pourriez-vous d’abord rapidement présenter votre parcours ?

Jean-Paul Poletti – Je suis né en 1949 à Ajaccio. À 9 ans, j’ai eu comme professeur Vincent Orsini qui a certainement fait naître ma vocation par sa pédagogie et sa rigueur. Après le baccalauréat, j’ai poursuivi mes études musicales à Florence puis à Sienne (guitare classique, direction de chœur et composition musicale). De retour en Corse, j’ai enseigné à la Maison de la Culture, à l’École Saint-Vincent, puis au Conservatoire National de Région. Depuis 1988 je vis à Sartène. En 1975, j’ai créé Casta u populu corsu qui m’occupa six bonnes années pendant ce qu’on a appelé le Riaquisiu, la Renaissance du mouvement culturel corse. Parallèlement à mon travail en solo, je passe à l’Olympia en 1986 et 1988 et je collabore avec Sergio Vartolo à un oratorio. En 1993, Philippe Bender, Costa Papadoukas et moi créons la Cantata corsica. À Sartène, je travaille sur les manuscrits franciscains à l’église Saints Côme et Damien en même temps que je dirige le chœur Granito maggiore qui préfigure la re-création du Chœur de Sartène. De 1996 à 2005, j’ai enchaîné les créations et les enregistrements. Actuellement, je prépare un Stabat Mater et une anthologie du chant corse.

Vous-même composez de la musique : pourriez-vous nous en dire un mot, de votre inspiration en particulier ?

Dans ma composition musicale, j’essaie de m’inspirer des premières formes modales de notre musique tout en essayant de les mêler autant que faire se peut aux influences baroques et classiques dans lesquelles la Corse a baigné. Dans tout ce que je peux faire, j’aime à ce que mon monde apparaisse. Ma terre avec ses sons et ses lumières, ses visages et les ombres gigantesques de notre passé.
Puis il y a les Franciscains qui sont les grands témoins de ma foi. Ils ont toujours été l’alpha et l’omega de notre être profond. Un vieux prêtre corse, Mgr Giudicelli, qui était dans les années 1975 vicaire général du diocèse et à qui j’étais très lié, m’avait dit un jour où je lui chantais un aria à peine composé : « Tu sais, Jean-Paul, je comprends pourquoi tu te révoltes avec d’autres jeunes Corses. Un grand écrivain français a dit que la culture est ce qui reste lorsqu’on a tout oublié. Pour nous autres Corses, c’est ce qui manquera quand nous aurons tout compris. » À partir de là s’est bâti mon engagement corse et universel, avec le sens de ma composition.

Vous travaillez à ressusciter le patrimoine du chant polyphonique corse : d’où vient ce patrimoine, quelle est sa spécificité et comment a-t-il traversé les âges ?

Mon travail sur la polyphonie corse a commencé en 1973, le 17 juillet. C’était lors de la fête de saint Alexis à Sermano, temple du chant traditionnel s’il en est, au centre de la Corse. J’y ai fait une rencontre déterminante avec Petro Guelfucci. Nous avons créé Canta u populu corsu dont les Corses ont fait une espèce de mythe, à tort à mon avis. Mais là n’est pas le propos du débat. On sillonnait la Corse avec une vieille 203 qui roulait sur trois cylindres pour faire le tour des familles dans les montagnes afin de recueillir des souffles de musique, des souffles de vie : la tradition. Généralement le scepticisme nous ouvrait les portes : « Il ne faut pas chanter cela, cela ne se fait plus ». On avait l’impression de voir un peuple avoir honte de lui-même. Et puis, tout doucement les gens nous écoutaient et nous restituaient le passé, ce qui revenait à faire de nous à la fois des héritiers et des dépositaires. Puis nous sommes passés de la petite flamme à l’embrasement car, dès lors, 
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