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Pour l’unité du Liban
Entretien
Cardinal Nasrallah Boutros Sfeir
Source :
La Nef n°196 de septembre 2008
Le cardinal Nasrallah Boutros Sfeir est Patriarche d’Antioche des maronites depuis 1986. Il s’exprime ici pour la première fois en français depuis l’élection du général Sleiman à la présidence du Liban le 25 mai dernier. Entretien exclusif.
La Nef – Vous vous adressez souvent aux jeunes et les exhortez à ne pas quitter le Liban, croyez-vous qu’il y a là un vrai danger ?
Cardinal Sfeir – C’est un fait : l’émigration augmente au Liban et surtout chez les jeunes, vers l’Europe ou vers les pays du Golfe. Ce que je souhaite leur dire, je l’ai souvent résumé dans un mot célèbre de John Kennedy : « Ne cherchez pas à soutirer quelque chose à votre pays, voyez plutôt ce que vous pouvez lui donner ».
Le Liban a enfin un président dans la figure du Général Sleiman, êtes-vous satisfait et rassuré pour l’avenir du pays ?
Il y eut des dizaines d’ajournement qui ont mis le pays dans une situation fragile, et des pirouettes politiques qui ne donnent pas à manger au peuple et le laissent dans l’incertitude. Nous espérons cette fois que ce président, qui nous semble mesuré et équilibré, et en plus un homme de prière comme beaucoup de ses amis en témoignent, pourra avec son gouvernement rétablir la situation et permettre à tous les Libanais de revivre dans la prospérité et la paix.
Nous avons déjà exhorté les Libanais à l’unité et au rassemblement plutôt qu’à la division dans tous nos sermons car nous ne voyons pas d’autre issue pour un Liban qui veut réussir à donner son message de coexistence et de tolérance.
Que pensez-vous de l’entente entre le Général Aoun et le Hezbollah ?
Nous sommes pour toutes les ententes entre les Libanais chrétiens et musulmans. Mais les alliances politiques changent très vite, surtout au Liban. Si le Général Aoun travaille à défendre les chrétiens du Liban, je serai rassuré car nous aussi à Bkerké nous œuvrons pour cette tâche et nous n’avons jamais changé sur ce point malgré les critiques qui nous ont été adressées.
Vous avez été reçu plusieurs fois par le président Bush : est-ce que vous avez plus confiance aujourd’hui dans la politique américaine ?
La politique des États-Unis au Liban a beaucoup évolué et aujourd’hui, malgré ceux qui les critiquent pour leur intervention en Irak, comme la France, voilà qu’ils sont tous d’accord pour libérer le Liban de la présence militaire syrienne et œuvrer à l’indépendance et à la souveraineté du Liban ; bien sûr nous préférons cette attitude à celle qui consiste à abandonner le Liban sous occupation syrienne.
Et la France ?
Vu l’amitié historique qui nous lie à la France nous avons accepté de suivre la démarche de M. Kouchner et proposer une liste pour la présidence mais cette démarche n’a pas abouti ; c’est celle de Qatar qui a recueilli le suffrage aussi bien des Arabes que d’Israël et qui a permis au Liban d’avoir un président élu à une majorité très large.
La politique du président Sarkozy et son ouverture à Damas vous semblent-elles appropriées ?
Sa dernière visite avec tous les chefs politiques français nous a beaucoup touchés. Quant à son dialogue, nous lui souhaitons bonne chance surtout s’il réussit à obtenir ce que nous avons toujours demandé à la Syrie, c’est-à-dire une ambassade syrienne au Liban, signe de sa reconnaissance de l’indépendance du Liban, et la libération des prisonniers détenus depuis plus de vingt ans dans les prisons syriennes.
Vous rentrez d’un long voyage pastoral en Europe et en Australie où vous avez rencontré le pape Benoît XVI : quelle leçon tirez-vous de cette visite pastorale ?
Il y a des millions de Libanais qui forment une diaspora riche, cultivée et unie et dont nous sommes fiers, comme ces jeunes chrétiens libanais que j’ai rencontrés à Sydney en marge des Journées mondiales de la jeunesse et qui sont un