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L’impasse européenne
Editorial
Christophe Geffroy
Directeur du mensuel catholique La Nef

Source : La Nef n°195 de juillet-août 2008
Depuis la victoire du non au référendum en Irlande le 12 juin dernier, on assiste aux mêmes simagrées que celles que l’on nous sert à chaque fois qu’un peuple a la chance – rare – de s’exprimer sur la « construction » européenne. Cela devient hallucinant, tant le discours et la méthode sont rodés, et tant nos gouvernants, de droite comme de gauche, s’y tiennent avec un aplomb et un cynisme renversants : les Irlandais ont voté contre le traité de Lisbonne ? Qu’à cela ne tienne, on poursuit la procédure de ratification comme si de rien n’était, on évoque un statut particulier pour la nation rebelle, ou l’on envisage même de la faire revoter comme cela s’était déjà fait en 1993 et 2001 lorsqu’elle avait rejeté les traités de Maastricht puis de Nice. On pourrait croire à un gag si le sujet n’était si sérieux. Mais hélas ! depuis vingt ans au moins, les peuples d’Europe ne cessent de signaler le plus clairement du monde qu’ils ne veulent pas de cette Union supranationale, technocratique et anti-démocratique, mais rien n’y fait, on continue dans la même direction, comme s’il n’y avait aucune alternative.
La tare congénitale de cette Europe est qu’elle s’est élaborée sans les peuples, puis contre eux. Que l’Irlande ait été le seul pays de l’Union organisant un référendum pour ratifier le traité de Lisbonne est déjà un scandale qui aurait dû révolter nos belles âmes soi-disant éprises de démocratie. Chacun sait que si un référendum avait été organisé en France (1), en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Autriche, en Suède, au Portugal, en Grèce, en Pologne, en République Tchèque, en Hongrie, en Slovaquie et même en Allemagne, la réponse aurait été la même qu’en Irlande.


Si les peuples, cependant, ne veulent pas de cette Europe, force est de constater qu’ils ne le manifestent pas aux moments cruciaux des élections législatives ou présidentielles : en ces occasions, les enjeux européens sont à peine évoqués et les peuples portent au pouvoir ceux-là mêmes qui les grugent régulièrement depuis des années ! Le thème de l’Europe met en lumière le décalage total entre les Français et une classe politique largement acquise à la supranationalité : ce faisant, celle-ci n’est plus représentative de ses électeurs sur l’un des sujets essentiels qui engagent l’avenir du vieux continent. La propagande soigneusement orchestrée par un système médiatique totalement verrouillé joue à l’évidence un rôle important qui marginalise les partis non conformistes opposés à l’idéologie dominante, confisquant ainsi la démocratie au profit des grands partis politiques qui se partagent la manne financière publique.
Les causes du fossé qui s’est creusé entre peuples et gouvernants sont simples : le fonctionnement de l’Union européenne est totalement opaque, technocratique et anti-démocratique d’une part, et celle-ci, loin d’être une barrière protectrice contre le libéralisme et la mondialisation, est un vecteur actif de cette idéologie d’autre part – la préférence européenne, par exemple, qui était à l’origine du traité de Rome a totalement disparu. Les peuples comprennent peu à peu que l’Union européenne n’est en rien un remède à leurs maux : elle apparaît sans but, comme une fuite en avant, allant toujours plus loin dans l’élargissement – au point de négocier l’adhésion d’un pays non européen, la Turquie – et l’abaissement des souverainetés nationales. Ce n’est pas en additionnant des malades que l’on construit un ensemble plus fort !


On nous trompe sur le diagnostic et sur le but de l’Europe : son problème n’est pas une question de taille ; à entendre nos europhiles, on a l’impression que le but de l’Europe est de copier les États-Unis en formant l’ensemble économique le plus puissant du monde, comme si cela était une fin en soi. Comment ne pas comprendre que c’est faire violence à la nature d’un continent qui est formé des plus vieux États-nations du monde qui ne peuvent 
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