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Le rapport Attali : danger !
Jacques de Guillebon

Source : La Nef n°191 de mars 2008
Le rapport Attali a été remis au chef de l’État le 23 janvier. « 316 propositions pour libérer la croissance française », telle est son ambition. Décryptage d’un rapport à l’idéologie sous-jacente – libérale dans le pire sens – assez inquiétante.

« Le monde avance, la France doit croître ». Ça commence fort, le rapport Attali, comme un credo ou un acte de foi.
Jacques Attali est un tyran de haute volée, un enfant-roi qui aurait tout voulu immédiatement, un cas psychanalytique finalement assez classique mais porté ici à un paroxysme étonnant. Car quand « monsieur ex-Sherpa-de-Mitterrand » a décidé, la France entière doit s’appliquer, et presto, à réaliser la prescription. Ainsi pour son effroyable rapport destiné à « libérer la croissance française ».
On peut critiquer ce pensum à plusieurs titres. D’abord pour ce que sa langue collectionne les solécismes, ce qui n’est pas à l’honneur des innombrables grandes écoles que M. Attali jadis fréquenta et dont il voudrait en passant qu’elles fussent désormais mieux classées dans les palmarès internationaux qui semblent si décisifs pour l’orgueil national.
Ensuite pour son idéologie libérale intégrale (même si les gardiens du Capital n’ont pas tardé à se plaindre de la « timidité » du rapport) ; et en troisième lieu pour la surveillance générale qui s’étend un peu plus, conjointement à cette doctrine libérale. Car finalement, qu’est-ce qui rend l’anarchiste plus sympathique que le libéral ? C’est que le premier quand il réclame la liberté la réclame entière, alors que le second, la promettant, commence par mettre en place les commissions de régulation, les instruments de mesure et autres caméras de surveillance nécessaires, dit-il, au bon déploiement de la main invisible qui va diviniser son marché. L’ultra-libéral est en cela toujours le grand frère du dealer, confronté au même paradoxe politique qui demanderait pour être résolu de tenir une ligne de crête impossible, entre effervescence de la liberté d’entreprendre et calme d’un ordre relatif.
Il s’agit donc ici de 316 mesures ou décisions qu’avec un groupe de « sages », économistes ou chefs d’entreprise pour la plupart, Attali a réparties en quelques chapitres et qu’il introduit ainsi avec délicatesse : « Toutes ces décisions forment un ensemble cohérent et doivent être prises rapidement. Il ne s’agit plus ici de suggestions à mettre à l’étude, ni même d’un catalogue où sélectionner celles qui pourraient satisfaire telles ou telles catégories électoralement utiles. Pour faire effet au plus tôt, toutes ces décisions doivent être approuvées et préparées en détail de janvier à avril 2008. Elles doivent ensuite être mises en œuvre entre avril 2008 et juin 2009. » Où l’on voit qu’encore une fois, l’expert non élu essaie de prendre la place du politique et de dicter à la nation sa conduite, comme si la France était l’équivalent d’une grande entreprise aux ordres des conseils, publicitaires, marketeurs et autres rois du management.

Tout prendre ou… rien !

Dès son introduction, les contradictions internes au rapport sont allègrement exposées : « Mesurée strictement par le PIB, la croissance est un concept partiel pour décrire la réalité du monde », nous dit benoîtement Jacques Attali, « en particulier il n’intègre pas les désordres de la mondialisation, les injustices et les gaspillages, le réchauffement climatique, les désastres écologiques, l’épuisement des ressources naturelles... La croissance de la production, cependant, est la seule mesure opérationnelle de la richesse et du niveau de vie disponible, permettant de comparer les performances des différents pays. »
De là à s’interroger sur l’utilité ou la nécessité de comparer lesdites performances, il n’y a qu’un petit pas que manifestement l’on ne songe pas à franchir. Mais admettons qu’il faille absolument relancer la croissance, ou à tout le moins élever le niveau de vie des Français. Comment s’y 
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