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Objection de conscience ?
Christophe Geffroy
Directeur du mensuel catholique La Nef

Source : La Nef n°182 de Mai 2007
Editorial

La classe politique était très satisfaite le dimanche 22 avril au soir : le très fort taux de participation marquait « la victoire de la démocratie ». Ce qui m’a frappé, devant mon petit écran, c’est qu’on aurait pu se croire revenu en 1981, 26 ans en arrière. En effet, à entendre les uns (UMP) et les autres (PS et toute la gauche en chœur), le choix entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ne serait pas moins qu'« un choix de société ». La gauche, qui fait profession de vomir l’ordre moral, ne peut s’empêcher d’aborder la politique sous un angle moralisateur, celui du combat du Bien contre le Mal et, ainsi, de « criminaliser » son adversaire. Le combat de Ségolène Royal devient, selon une dialectique marxiste éculée, celui du « Progrès » contre le capitalisme pur et dur toujours suspect de fascisme. Il s’agit évidemment de faire peur. Mais Nicolas Sarkozy, dans le même but d’effrayer les bons bourgeois soucieux de défendre leur portefeuille, joue le même jeu du « choix de société ». Tout cela est risible quand on sait qu’une grande partie du pouvoir est à Bruxelles et que sur beaucoup de points essentiels, préalables nécessaires à tout redressement, rien ne différencie les deux candidats – de même que la politique passée menée par le PS ou l’UMP au pouvoir est toujours allée dans le même sens au gré des alternances : refus de toute morale transcendante conduisant au relativisme et au mépris de la dignité de la personne humaine pour les plus faibles (avortement, euthanasie) et de la famille (union homosexuelle) ; abandon progressif de la souveraineté nationale au profit d’une Europe babélienne négatrice des nations, de leur indépendance et des identités ; paradoxe d’une étatisation croissante de la vie économique dans un univers mondialisé à la logique ultra-libérale…

Cette empoignade gauche-droite (le centre de Bayrou n’a rien d’une « force nouvelle », il continue celui de Giscard d’Estaing avec un score inférieur au sien) cache à nos journalistes de la télévision une évidence qui se répète pourtant à chaque élection : la gauche est dans ce pays très minoritaire (36 % des voix en additionnant celles de Royal et de toute l’extrême gauche) et n’est parvenue, jusque-là, à conserver ses positions que grâce à la diabolisation du Front national – toujours cette dialectique de la « criminalisation » selon les schémas hérités de la Seconde Guerre mondiale – contre laquelle la droite parlementaire ne s’est jamais élevée. Comme on imagine mal la totalité des électeurs de Bayrou voter socialiste au second tour, il devrait être assez difficile à Ségolène Royal d’atteindre la barre des 50 %…

Bref, vous l’avez compris, rien de très excitant dans tout cela. Et pourtant… Oui, pourtant cette élection aura sans doute marqué un tournant, mais pas pour les raisons entendues ici ou là. Le tournant est dans la position de l’Église qui n’avait jamais été aussi loin dans le refus du compromis et dans la prise de conscience d’une petite minorité de catholiques, éclairée par Rome, et ayant compris qu’on ne peut continuer éternellement à demeurer complice de la dégringolade morale de notre société au prétexte du « moindre mal ». Nous avons consacré le mois dernier une large place au débat suscité par la Note doctrinale (2002) du cardinal Ratzinger sur l’engagement des chrétiens en politique (1). Je rappelle le passage clé de cette Note pour notre sujet : « la conscience chrétienne bien formée ne permet à personne de favoriser par son vote, la mise en acte d’une loi ou d’un programme politique, dans lequel les contenus fondamentaux de la foi et de la morale sont détruits par la présence de propositions qui leur sont alternatives ou opposées. Parce que la foi est constituée comme unité infrangible, il n’est pas logique d’isoler un de ses éléments au détriment de la totalité de la doctrine catholique » (n. 4). Le pape Benoît XVI lui-même a précisé qu’il y avait trois points « non 
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