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Que penser des OGM ?
Jacques de Guillebon

Source : La Nef n°193 de mai 2008

Alors que la guerre fait rage à propos de l’utilisation des OGM, dans l’opinion, la communauté scientifique et jusqu’au sein du gouvernement, il serait temps de prendre un peu de distance par rapport au sujet.

Qu’est-ce qu’un OGM, d’abord ? Le terme désigne fondamentalement tout organisme, bactérie, virus, animal ou végétal, que la technique humaine modifie volontairement dans son génome. L’Union européenne en a donné sa propre définition à travers la directive 2001/18/CE : un OGM est « un organisme, à l’exception des êtres humains, dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle ». Le débat actuel ne porte pas sur l’existence des OGM en général, puisqu’on ne remet pas ici en cause les recherches confinées en laboratoire qui ont abouti, par exemple, à la possibilité de fabriquer de l’insuline humaine pour soigner les diabétiques. Il s’agit en revanche de mesurer les dangers inhérents à la culture d’OGM végétaux en plein champ. Il n’y a donc pas d’un côté les obscurantistes et de l’autre les amoureux du progrès, comme certains se plaisent à le dire.

Il faut d’abord se souvenir qu’inexistante en 1993, la production mondiale d’OGM végétaux (soja, maïs, coton…) dépassait en 2006 les 100 millions d’hectares, c’est-à-dire qu’elle recouvre 7 % de la surface des terres cultivées.

Le fameux « Grenelle de l’environnement » était parvenu à cette conclusion, transposant la directive européenne déjà citée, qu’il devait être possible pour tous de « consommer et cultiver sans OGM ». Or, le texte de loi proposé par les Parlementaires français a aujourd’hui insidieusement mué la formule en « avec ou sans OGM ». Ce qui ne veut, de manière pratique, rien dire puisque la dissémination naturelle du pollen entraîne de facto une contamination de toutes les cultures avoisinantes par les plants OGM. Si l’on décide d’attribuer le droit de cultiver « avec OGM », on supprime du même mouvement la possibilité de cultiver « sans OGM ».

Alors, que faire, et pourquoi soupçonner les OGM quand, dit-on, l’on ne connaît pas la nocivité de leurs effets sur la santé ?

L’absurdité de la situation vient du statut proprement scientifique du problème : la science, qui se vante en permanence de prouver expérimentalement la vérité, se trouve ici comme dépourvue d’arguments pour affirmer quoi que ce soit de certain. Sans doute parce qu’elle est confrontée à ses principaux adversaires : le temps et l’argent. D’un côté, nul ne peut être assez naïf pour croire sur parole le discours lénifiant des semenciers, au premier rang desquels la firme multinationale Monsanto, productrice de l’organisme incriminé en France (qui était le seul autorisé jusqu’au moratoire), le Mon810 – ces semenciers qui ont obtenu de pouvoir choisir eux-mêmes les laboratoires dans lesquels les études sur l’innocuité pour la vie humaine des OGM ont été menées…

De l’autre, les résultats de ces études (qui, quoi qu’on en ait, ne sont déjà pas encourageants) ne peuvent être significatifs parce qu’ils découlent d’expériences sur une trop courte durée. En quoi, le consommateur de base comme le politique chargé de trancher demeurent dépourvus, pour autant qu’ils puissent y comprendre quelque chose, des instruments nécessaires au discernement. C’est donc ici que devrait s’appliquer, pour une fois justifié, le galvaudé principe de précaution.

Comme un écho aux propos de Mgr Gianfranco Girotti, responsable de la Pénitencerie apostolique au Vatican pour qui les plus grands dangers pour l’« âme moderne » sont la possibilité pour l’Homme de créer la vie grâce à des manipulations génétiques et la dégradation de l’environnement, « qui menace la survie de toutes les formes de vie ».

Jacques de Guillebon