Le nouveau Livre blanc de la Défense confirme que l’armée continue de subir des restrictions budgétaires. Analyse par l’un des meilleurs spécialistes français de la question.
Le 17 juin, le président de la République a rendu public le nouveau Livre blanc Défense et sécurité nationale qui remplace le précédent Livre blanc sur la défense publié en 1994 par le gouvernement Balladur. Cette publication s’accompagne de l’annonce de réformes très importantes, dans le cadre de la réforme générale de l’État, en vue à la fois de réduire les coûts de fonctionnement et d’adapter les armées françaises aux nouvelles formes de conflictualité.
Naturellement, les interrogations ont tout de suite surgi. En face de la thèse officielle ou optimiste, qui soutient que ces réformes sont nécessaires pour disposer d’une armée adaptée à ses nouvelles missions et aux moyens, des voix discordantes dénoncent « un véritable déclassement militaire de notre pays dans un monde bien plus dangereux qu’hier » (1). Le fait massif est celui des réductions d’effectifs qui accompagnent ce nouveau Livre blanc : les armées devraient perdre 54 000 personnes au cours des prochaines années, pratiquement l’équivalent du format actuel de la marine. Il paraît difficile de croire qu’une amputation aussi massive n’aura aucune conséquence sur les capacités opérationnelles des armées et donc sur le statut international de la France.
Toute l’histoire de notre politique de défense, depuis au moins 25 ans, se résume à une réduction constante de l’effort consenti. En 1981, nous consacrions 3,8 % du PIB à la défense, aujourd’hui 1,9 %. En termes relatifs, rapporté à la richesse nationale, l’effort a donc été exactement divisé par deux. Certes, il s’agit d’un mouvement qui touche tous les pays d’Europe, comme s’ils voulaient absolument accréditer l’idée d’un vieux continent fatigué et résolu à sortir de l’histoire. En effet, depuis les attentats du 11 septembre 2001, cette réduction a cessé d’être mondiale, comme cela avait pu être le cas dans les années d’euphorie après la désintégration du bloc soviétique : les États-Unis mais aussi les pays d’Asie font aujourd’hui un effort considérable.
Mais le problème est aussi national. Il tient à l’incapacité des gouvernements successifs à réformer l’État, d’où la solution de facilité consistant à se servir des dépenses militaires comme régulateur de la dépense publique. La logique budgétaire à courte vue l’emporte sur une vision stratégique à long terme.
Hausse en trompe-l’œil
Le processus n’a pas été uniforme. La chute a été particulièrement marquée sous le gouvernement Jospin. Un effort réel a été consenti durant le dernier quinquennat, sous la loi de programmation militaire 2003-2008, avec une hausse sensible des crédits d’équipement. Mais il a été en partie en trompe-l’œil, avec la commande de matériels dont le financement n’était pas assuré dans l’avenir : les frégates FREMM ont été inscrites dans la loi de programmation militaire 2003-2008, sans que leur financement soit prévu ! Alors que l’on croyait encore, l’an dernier, que l’impasse pouvait être d’un à deux milliards d’euros par an (2), les annonces récentes ont révélé qu’elle était, en réalité, beaucoup plus élevée : dès 2010-2011, le budget d’équipement devrait passer de 15-16 milliards par an à 21-22 milliards simplement pour la réalisation des programmes déjà lancés. Le reste à payer (sur les commandes déjà passées) s’élèvera à 47 milliards d’euros fin 2008, chiffre astronomique correspondant à trois annuités d’équipement de la défense, « alors même que des dépenses supplémentaires sont inéluctables » (près de 10 milliards pour les frégates et les sous-marins annoncés…) (3). Dans le contexte budgétaire actuel, c’est tout simplement impossible et le modèle Armées 2015 est donc condamné.
Des remises en cause sont inévitables. Aux réductions annoncées d’effectifs, s’ajoute l’abandon,