L’Afrique sub-saharienne souffre de maux très graves. Entrée dans le monde moderne il y a moins de 130 ans, elle s’adapte difficilement à ses nécessités d’organisation et de gouvernance. Anciennes colonies, les nouveaux États africains ont la plupart du temps bénéficié d’infrastructures construites par les colonisateurs qui, par contre, n’ont pas accordé à l’enseignement la place qu’ils avaient donnée à la santé. Devenus indépendants, les nouveaux États manquaient de cadres valables et, jaloux de leur indépendance, récusaient les conseillers, fussent-ils désignés par les Nations Unies !
De surcroît, l’Afrique ne connaît guère d’États dont la population soit homogène. La plupart du temps, les divers partis politiques (quand il y en a) sont l’expression d’une ethnie, non point d’un véritable projet politique ou socio-économique. Cela est encore aggravé par la conception très large de la famille. Les oncles et tantes comptent autant, parfois davantage, que les parents biologiques : celui qui réussit doit soutenir la « gens », la grande famille, le village, l’ethnie. C’est ce qui vient de se passer au Kenya, mais le problème touche tous les États de l’Afrique sub-saharienne. Depuis les années 80, les Éditions de la Découverte publient chaque année L’État du Monde. Une seule fois, en 1985, cet ouvrage comporta des cartes ethniques de tous les états du monde. Cela dut paraître raciste et l’on se contente depuis de cartes administratives sans intérêt réel. Les cartes ethniques fort significatives permettaient de comprendre les crises et les conflits qui touchent aujourd’hui la Côte d’Ivoire, où s’affrontent trois grands groupes, les Kwa, les Kru et les Gour, eux-mêmes divisés puisqu’existe ici une dizaine d’ethnies différentes. Que dire du Nigeria où, dans le seul delta du Niger, existent une bonne dizaine d’ethnies ? Ce problème avait fait en 1985 l’objet d’un ouvrage, Au cœur de l’ethnie. Ethnies, tribalisme et État en Afrique, que l’on aurait dû méditer davantage.
Conflits ethniques
Naturellement ces problèmes ethniques sont à la base des affrontements dramatiques que vient de connaître le Kenya, où coexistent plus de quarante ethnies. Mais la situation dramatique où est plongé cet État est aggravée par une crise socio-économique : il y a dix ans, le Kenya avait un niveau de vie supérieur de 50 % à celui des autres États de l’Afrique orientale. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. À cela s’ajoutent des inégalités sociales qui s’aggravent d’année en année. Si l’on en croit les Nations Unies, le revenu des plus riches est égal à 56 fois le revenu des plus pauvres. Il est vrai aussi que l’ethnisme a un rôle politique. Les groupes ethniques les plus proches du pouvoir ont vu leur accès à la terre favorisé par rapport à leurs voisins, excitant évidemment des ressentiments.
Le cas du Zimbabwe est encore plus grave. De 1960 à 1980, le Zimbabwe, alors Rhodésie, est un État indépendant dirigé par des colons britanniques dirigés eux-mêmes par Sir Ian Smith. Scandalisées par ce néocolonialisme, les bonnes âmes obligèrent les Rhodésiens à remettre le pouvoir aux populations locales dirigées par Robert Mugabe.
En 1980, la Rhodésie est un État riche disposant d’une industrie diversifiée, d’une agriculture prospère et d’infrastructures solides. Obligés de partir, fermiers blancs et cadres rhodésiens laissèrent la place à des Africains peut-être pleins de bonne volonté, mais peu capables et largement marqués par le marxisme. Les résultats ne se sont pas fait longtemps attendre. La production agricole, faute de fermiers compétents, chute de telle manière que le Zimbabwe, jadis grenier de l’Afrique sud-orientale, est obligé dès 1984 d’importer 450 000 tonnes de céréales.
La dérive du Zimbabwe
Peu à peu s’est instaurée une véritable dictature dont l’échec économique est patent : le Zimbabwe survit aujourd’hui grâce au Programme alimentaire mondial, mais