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Kosovo : un suicide européen
Slobodan Despot

Source : La Nef n°191 de mars 2008
Les dirigeants du Kosovo ont proclamé l’indépendance
le 17 février contre toutes les règles établies du droit
international, violant ainsi l’intégrité d’un État souverain.


La sécession unilatérale du Kosovo est une étape dramatique mais non surprenante d’un processus marqué, depuis les négociations pipées de Rambouillet, par l’illégalité et le mensonge. Les Occidentaux ont commencé par blanchir une organisation qu’eux-mêmes jugeaient terroriste, l’UÇK, puis ont mis leurs forces aériennes au service de sa cause étroitement ethnique. La suite est connue : pilonnage de la Serbie puis occupation de sa province sud par l’OTAN dès juin 1999, nettoyage ethnique, enfin sécession illégale sous les auspices des mêmes dix-neuf puissances qui ont – illégalement, aussi bien du point de vue de la charte des Nations Unies que de leur législation interne – bombardé la Serbie.
Les ultranationalistes albanais auraient eu tort de ne pas exploiter cette alliance jusqu’à son terme logique. Pour commencer, ils ont conduit sous les yeux des forces de l’OTAN un intense programme d’éradication des populations non albanaises du Kosovo et de leur culture. D’après les chiffres disponibles et les estimations des organisations internationales, quelque 200 000 Serbes et autres non-Albanais, soit les deux tiers de leur nombre d’avant-guerre, sont devenus des personnes déplacées depuis l’entrée de l’OTAN au Kosovo en 1999. Le taux de retour est de 5 % environ. Dans le même temps, plus de 150 lieux de culte et monuments orthodoxes étaient dynamités et incendiés.
Loin de réprimer cette sauvagerie, les administrateurs occidentaux de la province, en premier lieu M. Kouchner, l’ont passée sous silence, voire encouragée par des déclarations mensongères sur la « cohabitation pacifique » au Kosovo.
Sans peut-être s’en apercevoir, le monde occidental – mieux, son noyau strict : Paris, Londres, Amsterdam, Washington, Berlin, Rome – a consumé dans ce processus son capital géopolitique le plus précieux : sa position de créateur et garant du droit international, édifice juridique qui signait son emprise sur la planète. Le voici plus menteur que l’URSS en Afghanistan, plus barbare que la Chine au Tibet, plus méprisant que Hitler dans les Sudètes. Voici que s’effondre la frêle façade de concorde de l’« Union » européenne, devenue simple levier du pouvoir américain, acculée à ressusciter les chancelleries nationales en leur déléguant la responsabilité d’une démarche suicidaire : reconnaître le mafialand kosovar et recréer des micro-Etats-nations sur un continent qu’on prétendait intégrer...
Voici donc la Serbie, État pivot de cette région de l’Europe, moralement et techniquement bloquée dans son rapprochement avec l’UE – et jetée malgré elle dans l’Eurasie russe. L’UE, dans sa folie, se prive ainsi d’une tête de pont au profit d’une douteuse plaque tournante.
Pourquoi tout ce gâchis ? Sûrement pas pour l’amour des Kosovars. La raison tient en un mot : « Bondsteel ». Il s'agit de la plus grande base militaire des États-Unis hors de leurs frontières. Le Kosovo est riche en minerais stratégiques et se trouve sur le chemin d'un important oléoduc à venir. C'est une étape clef de la conquête du Moyen-Orient et de ses ressources pétrolières, objectif global de l’empire atlantique. Un objectif où l’intérêt des peuples d’Europe est d’ores est déjà sacrifié.