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L'Etat d'Israël a 60 ans : du sionisme à l'indépendance
Chronique internationale
François-Georges Dreyfus

Source : La Nef n°193 de mai 2008
A l’origine de l’État d’Israël, il y a le sionisme. Il naît avec la publication en 1862 par un philosophe socialiste allemand, Moses Hess (1812-1875), de l’ouvrage Rome et Jérusalem qui, se fondant sur les mouvements nationaux en Allemagne et Italie, suggère de construire un État socialiste pour le peuple juif, mais sans préciser sa localisation.

Un peu plus tard, un médecin juif de la Pologne russe suggère la création d’un État juif autonome à l’intérieur de l’Empire des Tzars, thème que reprendront avant 1914 les Juifs sociaux-démocrates du Bund. L’affaire Dreyfus conduit le journaliste autrichien Theodor Herzl (1860-1904) à proposer un État juif, avec son livre L’État des Juifs, recherche d’une solution moderne de la question juive (1896). Mais le livre ne propose pas la région où pourrait se construire un État juif. Il va être question de la Patagonie, de l’Ouganda ou même de Madagascar, solution qu’envisagera le IIIe Reich entre 1936 et 1941. C’est au Congrès sioniste constitué à Bâle en août 1897, qu’apparaît l’idée d’une installation en Eretz Israël ; mais jusqu’en 1917 plusieurs thèses s’opposent ; certains préconisent un Foyer national en un lieu quelconque, d’autres défendent l’implantation en Palestine. Au début du xxe siècle, il n’y a guère qu’une cinquantaine de milliers de Juifs en Palestine, dont 25 000 environ sont des émigrés venus de l’Empire russe.

Avec le lancement du mouvement sioniste, on aurait pu s’attendre à un flot de Juifs persécutés : en Russie, les pogroms demeurent dramatiquement nombreux jusqu’au-delà de 1905. Or, de 1900 à 1964, à peine 40 000 Juifs émigrent vers la Terre promise, tandis qu’un million et demi émigre vers les États-Unis. La Palestine, pauvre et sans avenir visible, n’attire guère. Le sionisme apparaît alors comme un échec, d’autant que les communautés israélites d’Allemagne, de France ou du Royaume-Uni attachées à l’assimilation, sont plus que réticentes devant l’affirmation de l’existence d’un « peuple juif ». Pour elles, on est Allemand, Britannique ou Français de religion israélite.

La Grande Guerre va permettre au sionisme de renaître. Convaincus que l’aide américaine est indispensable, Français et Britanniques conçoivent, pour complaire – croient-ils – aux Juifs américains, l’idée d’un Foyer national juif : ce sera la déclaration de Lord Balfour, Secrétaire aux Affaires étrangères, le 2 novembre 1917. Il faut s’attirer les faveurs des Juifs américains plutôt germanophiles d’autant que la majorité des israélites des États-Unis viennent de Russie, État allié de l’Entente, particulièrement antisémite. Les Britanniques pensent aussi que leur soutien au sionisme serait accueilli favorablement par les chefs bolcheviks dont beaucoup étaient Juifs et que cela les conduirait à rester en guerre ! Balfour n’avait pas compris que les bolcheviks d’origine juive se désintéressaient totalement de la création ou non d’un Foyer juif. Ajoutons que, pour le Cabinet britannique, créer un Foyer juif en Palestine permettrait de limiter au maximum les ambitions françaises sur la Terre Sainte.

Foyer national juif ou pas, il n’attire guère les Juifs d’Europe centrale. De 1919 à 1932, vont arriver en Palestine 117 000 Juifs. Pendant cette période, si les États-Unis ont fermé leurs frontières, venant de l’antisémite Pologne 200 000 israélites s’installent en France, 150 000 en Belgique et aux Pays-Bas, et plus de 100 000 dans le Reich : partout, cela entraîne une renaissance de l’antisémitisme. Durant cette période, la première vague qui arrive aussitôt après la guerre est profondément sioniste, décidée à favoriser le développement du Yishouv (la Palestine juive). Elle est plus ou moins influencée par le marxisme et va prôner la constitution d’un parti social-démocrate, le Mapam. Mais les Alya (vague d’émigration) entre 1929 et 1932 entraînent plus de difficultés que de progrès en raison de la crise économique internationale, car ce sont 
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