L’histoire des relations entre l’islam et le
christianisme est certes parsemée de conflits,
parfois violents, mais elle révèle surtout méfiance
et incompréhensions. Le terrorisme islamiste et
l’esprit conquérant musulman ne sont pas de nature à établir une coexistence apaisée. Plus que jamais, il est important d’avoir des éléments pour juger objectivement de la situation actuelle.
Au commencement du viie siècle, dans les déserts caillouteux de l'Arabie, un meneur de caravanes, nommé Mahomet, ayant découvert qu'il était le prophète mandé par l'Unique pour enseigner la foi monothéiste, sut bientôt lui faire bon nombre de recrues, puis l'imposer à La Mecque, sa ville natale, en abattant les idoles de la Kaaba. Ainsi venait d'apparaître l'islam, c’est-à-dire la soumission au Tout-Puissant, à quoi s'ajoutaient cinq pratiques rituelles (les cinq piliers) de stricte obligation : profession de foi, prière, aumône, jeûne, pèlerinage. Bref, on avait là affaire à une dogmatique forte et claire, à un culte rigoureux… et (l'autorisation de la polygamie aidant) à une morale sans complication.
Mahomet disparu, un possible retour à l'ancien ordre de choses fut écarté par quelques hommes résolus, au premier rang desquels Omar, l'impétueux disciple. Au moment où l'œuvre du Prophète, encore fragile, risquait de se dissoudre, Omar arrêta la défection des tribus arabes ; il donna à la religion nouvelle son assise indestructible, surtout, il lui insuffla son principe conquérant. Et comme la plupart des terres à conquérir étaient au pouvoir des chrétiens (adeptes d'une religion tiraillée, hélas, entre cinquante sectes, déchirée et disloquée par les hérésies), ce furent eux qui devinrent les principales cibles.
Dès 634 donc, deux ans après la mort de Mahomet, débutait l'extraordinaire aventure des cavaliers d'Allah. D'un côté, ils poussent jusqu'aux abords de l’Indus et du Caucase. De l'autre, ils enlèvent en se jouant la Syrie et l'Égypte. Où ils bénéficient, sinon de la complicité formelle des monophysites, que persécutait l'orthodoxie byzantine, à tout le moins d'une résignation qui ressemblait à de la connivence chez des populations nullement fâchées de voir l'hellénisme jeté à la mer. D’ailleurs, le pays grec lui-même se trouve entamé, et, en 673 et en 717, l'Arabe ose dresser ses tentes sur la rive asiatique du Bosphore. Menacé dans sa capitale, quels moyens avait le Basileus de défendre ses provinces d'Afrique ? Une à une, elles lui échappaient. Vers 704, l'Africanus exercitus de la nomenclature impériale, amputée de la Cyrénaïque, de la Tripolitaine, de la Tunisie, ne couvre plus que l'extrême pointe de Ceuta et les montagnes avoisinantes. Quant aux chrétientés indigènes, leur débâcle est inexprimable. Contrairement aux Juifs et Berbères judaïsés, qui surnagèrent malgré une déchéance infligée par l'islam maghrébin, à la fin du viiie siècle, rien n’en subsistait.
On imagine, à ce stade de sa fulgurante expansion, l'ivresse du vainqueur. Tout proche maintenant du littoral ibérique, il devait y prendre pied pour, ensuite, s'élancer au-delà. En 711, le royaume wisigoth s'écroule. En 719, les Pyrénées sont franchies, le Roussillon et le Bas Languedoc, dépendances wisigothiques, envahis. En 720, Narbonne est occupée, Autun, en 725, ravagée. Mais en 732, lorsque des escadrons sarrasins, venant de Bordeaux, consciencieusement mise à sac, galopent dans la direction de Poitiers, ils se brisent contre l'infanterie lourde de Charles Martel. Au vrai, ces fourriers d'une invasion ratée, durs à déloger des places qu’ils continuaient d'occuper (Narbonne, où les habitants affrontèrent la garnison musulmane, ne fut reprise par Pépin, fils de Charles Martel, qu'en 759), demeureront dangereux un bon bout de temps. Et la Provence eut souvent à souffrir des raids opérés par les Maures d'Espagne.
Immense, disparate, repu de gigantesques rafles, l’empire arabe, dont les chefs suprêmes, depuis Abou