La famille, « cellule de base de la société », est une aventure extraordinaire dans un monde qui lui est largement hostile. Réflexion et témoignage jalonnés par quelques guides spirituels sûrs.
Charles Péguy annonçait que les pères de famille seraient les grands aventuriers du xxe siècle. Il ne croyait sans doute pas si bien dire. Sauf que la prévision aurait dû s’étendre aussi aux mères, autant concernées que les pères. En fait, c’est l’engagement à vie d’un homme et d’une femme avec les enfants qui s’ensuivent qui représente la grande aventure. Non que celle-ci soit vraiment nouvelle, car après tout fonder une famille n’a jamais été une sinécure si on en juge par les témoignages de nos ancêtres qui ont bien souvent connu des conditions de vie très dures où la mort – la mort des jeunes enfants notamment – faisait partie des réalités quotidiennes dans un environnement matériel infiniment moins confortable que le nôtre. Mais au moins la famille était-elle reconnue et défendue comme l’indispensable « cellule de base » de la société. Aujourd’hui, on le sait assez, tout est fait pour la ridiculiser, la déstabiliser, la défavoriser et finalement la détruire. Mais la famille est tellement inscrite dans le cœur de l’homme, elle est une réalité tellement naturelle, qu’il y aura toujours des fous pour tenter l’aventure et maintenir la seule forme d’union qui assure la pérennité de la société, de la civilisation, de la Vie elle-même.
Une fois embarqué dans cette belle aventure, il y a des périls que l’on peut éviter en ne cherchant pas à tout réinventer soi-même, donc en bénéficiant de l’expérience des « anciens ». Il n’y a là cependant aucune recette toute faite, car chaque cas est particulier, chacun aborde la vie à sa façon. Ce ne sont que quelques modestes conseils lancés en vrac où chacun peut piocher à sa guise (je laisse volontairement de côté ici tout ce qui touche à la nécessité de la vie intérieure).
J’ai dit que la famille était attaquée de toute part. C’est indubitable. Un monde s’écroule autour de nous, les valeurs naturelles disparaissent – preuve au passage que laissées à elles-mêmes elles ne suffisent pas, selon le bon mot de Chesterton qui disait (de mémoire) : ôtez le surnaturel et le naturel même disparaîtra. Cela ne doit pas nous décourager, nous inquiéter. Certes, les obstacles apparaissent nombreux à qui veut fonder un foyer chrétien : moins de prêtres, environnement délétère, peu de bonnes écoles,… Mais les obstacles se franchissent un à un : « à chaque jour suffit sa peine » (Mt 6, 34). Face aux épreuves, le Père Molinié nous donne un précieux conseil valable à tout moment de notre vie : « Il suffit que Dieu nous donne la grâce du moment pour l’épreuve du moment. Si nous envisageons à midi l’épreuve de quatorze heures, nous verrons très bien la difficulté, mais nous la verrons sans la grâce de quatorze heures, qui n’est pas imaginable… L’épreuve imaginaire est donc toujours insoutenable, alors que l’épreuve réelle ne l’est jamais. […] Il est donc normal de se sentir impuissant en face de ce que Dieu ne nous demande pas en fait. Quand il nous le demandera, Il nous donnera la grâce nécessaire » (1).
Cette voie que nous trace le Père Molinié est celle de la confiance, de l’abandon en notre Père des Cieux qui connaît tous nos besoins et il nous donne le moyen pratique de prendre (enfin) l’Évangile au sérieux et au pied de la lettre en suivant le commandement qui devrait être le cœur de toute vie chrétienne : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » (Mt 6, 33). Et ne limitons pas cette recherche au spirituel, ce commandement est universel et s’applique à tous les domaines – y compris politique, social,… et à la vie de famille. Si l’on n’essaie pas d’être un saint d’abord dans la vie de famille avec nos plus proches, avec ceux que nous aimons normalement le plus, comment espérer l’être à