« Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait »
(Mt 5, 48). L’appel du Christ, dans son exigence
presque déraisonnable, a retenti un jour à l’oreille de
Pierre, de Jean et des autres Apôtres. Il nous parvient
après vingt siècles : l’avons-nous compris ?
Qu’est-ce que la sainteté ? Le mot ne doit pas être édulcoré. Au sens strict, Dieu seul est « saint », c’est-à-dire sacré, séparé du monde. De même, Dieu seul « est ». Mais chacun d’entre nous « est », aussi, de façon analogue et par participation à l’être de Dieu.
C’est Dieu qui, en nous créant, nous communique son « être ». C’est également Lui qui, en nous donnant la grâce, nous fait participer, de quelque manière, à sa sainteté. Pour être saint, il faut participer à la sainteté de Dieu, rayonner de Sa lumière : L’imiter.
Mais pour imiter Dieu, il nous faudrait Le voir ! C’est le sens de la demande de l’apôtre Philippe : « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit ». Et le Christ lui répond : « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? Qui m’a vu, a vu le Père » (Jn 14, 8-9). C’est un des sens que nous pouvons donner à l’Incarnation : Dieu se montre à nous pour que nous ayons un modèle à imiter. Les auteurs spirituels l’ont compris depuis fort longtemps, eux qui ont caractérisé la sainteté comme une « imitation de Jésus-Christ ».
Une histoire d’amour
Mais en quoi pouvons-nous imiter Jésus ? Ses miracles, sa prédication, sa mort sur la Croix ne sont pas imitables. À cet égard, sa vie est unique. Mais « Dieu est Amour ». Jésus s’est livré à la mort par amour pour nous. C’est l’amour qui sera le point focal de notre « imitation de Jésus-Christ ». « Ama, et fac quod vis : Aime, et fais ce que tu veux », disait saint Augustin. Cette petite phrase veut-elle dire que l’on peut faire n’importe quoi ? Mais celui qui aime Jésus, ne voudra-t-il pas faire sa volonté ?
La sainteté est une histoire d’amour avec Dieu. C’est le Cantique des Cantiques : « Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui » (Ct 2, 16). La sainteté est un amour-passion, une alliance, un don total. La vocation, l’appel à la sainteté, est une déclaration d’amour que Dieu adresse à chaque homme. À cet appel, la réponse est aussi un chant d’amour.
L’amitié avec Dieu est enfin l’autre nom de la grâce sanctifiante : une aide constante du Père. Sans Lui, aucune sainteté n’est possible. On interrogeait Jeanne d’Arc lors de son procès : « Savez-vous si vous êtes en la grâce de Dieu ? – Si je n’y suis, Dieu m’y mette. Et si j’y suis, Dieu m’y garde ! Je serais la plus malheureuse du monde, si je savais ne pas être en la grâce de Dieu ! Je m’en remets à Dieu de tout ». La sainteté est Don de Dieu, qu’Il accorde à qui Il veut.
Acquérir les vertus
De manière mystérieuse et pourtant certaine, le Don de Dieu ne « suffit » pas. Il y faut aussi la coopération de l’homme. « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande » (Jn 15, 14). La sainteté est donc aussi une lutte pour les vertus. Jésus est « Dieu parfait et Homme parfait » (Concile de Francfort, Can. 613) : la sainteté, c’est cette perfection dans les vertus, humaines et surnaturelles, que l’on cherche à acquérir avec l’aide de Dieu. C’est pourquoi, au début des procès en canonisation, on s’efforce de montrer que le candidat à la sainteté a vécu « héroïquement » toutes les vertus. Héroïquement, c’est-à-dire jusqu’à l’extrême de ses forces.
En ce sens, il y a, même dans la vie d’un saint, ou d’une personne qui cherche à l’être, des victoires et des défaites : parfois on gagne, parfois on échoue. Quand nous avons péché, la contrition doit jaillir immédiatement, comme le sang vient à la blessure. Et avec elle, la confession sincère, et la résolution brûlante de ne plus pécher.
Difficile