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Avec le Père Marie-Eugène
Rémi Soulié

Source : La Nef n°181 d'avril 2007
Fondateur de l’Institut Notre-Dame de Vie et auteur de Je veux voir Dieu, somme de théologie mystique, le Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus (1894-1967) mérite assurément d’être connu. La biographie que lui consacre Mgr Gaucher est l’occasion de le découvrir (1).

Le nom qu’il s’est choisi l’indique : Eugène est bien-né, en l’occurrence « enraciné dans son Aveyron natal », pour reprendre la formule de Mgr Gaucher. C’est d’ailleurs en hommage à la prieure du Carmel de Rodez – Mère Marie-Eugène du Sacré-Cœur –, avec qui il s’entretint longuement des maîtres du Carmel, que le futur religieux décida de prendre ce nom (2).
Henri Grialou naît au Gua, dans le Bassin Houiller de Decazeville, le 2 décembre 1894. Son père, Auguste Grialou, né en 1860, travaille à la mine après avoir effectué son service militaire en Algérie pendant cinq ans dans une section d’infirmiers. Sa mère, née Marie Miral, tient un petit restaurant qu’elle abandonne pour se consacrer à l’éducation de ses cinq enfants. En 1904, Auguste Grialou meurt d’une pneumonie alors qu’Henri est à peine âgé de dix ans. Celui-ci, dès lors, magnifiera la figure maternelle, « objet […] d’un culte d’adoration, de tendresse et de reconnaissance éperdue » (3) – d’où une dévotion particulière au mystère marial, entrevue à travers le mystère Miral. Marie Grialou – « le granit du Rouergue » ! – subvient aux besoins de sa famille, aidée de son fils aîné Marius, ouvrier de seize ans, et d’Henri qui garde des porcs sur un crassier.
Élève des Frères des Écoles chrétiennes, il rencontre peu de temps après sa première communion un religieux missionnaire de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit qui discerne sa vocation : Henri Grialou sera prêtre. Après le Petit Séminaire de Graves puis le Grand Séminaire de Rodez où il entre en 1911, Henri interrompt ses études et s’engage au 122ème Régiment d’Infanterie de Rodez, animé par un solide esprit patriotique. Au cours de la « guerre d’extermination » de 14-18, comme disait Léon Bloy (4), il obtient le grade de lieutenant et plusieurs décorations pour bravoure. Cette longue expérience militaire servira au soldat de Dieu, physiquement et spirituellement : lui-même se voudrait, à la Bernanos, « un bon capitaine de l’armée du Christ ». Ce versant martial de l’athlète paulinien perdurera à travers un sens profond de l’ascèse. Outre d’atroces combats menés sur le front – Verdun, Chemin des Dames – il s’occupe également de l’instruction des nouvelles recrues. Henri Grialou confiera plus tard avoir éprouvé la protection spéciale de sainte Thérèse de Lisieux, pour lui et pour ses hommes.
Date capitale, le 13 décembre 1920 : en retraite de sous-diaconat, il lit un Abrégé de la vie de saint Jean de la Croix par le Père Alfred Parent et a la certitude que Dieu le veut au Carmel : « Je crois que je deviens fou !… » « Au fond de mon âme, c’est avec saint Jean de la Croix que je vis. » Henri reçoit le sacrement de l’Ordre le 4 février 1922, dans l’ancienne chapelle du Grand Séminaire de Rodez. Il célèbre un peu plus tard une messe au sanctuaire marial de Ceignac là même où, petit enfant qui ne pouvait marcher, Marie Grialou l’avait emmené prier la Vierge, là même où, miraculeusement, il fit ses premiers pas. Il quitte ensuite son pays et sa famille pour entrer dans l’Ordre des Carmes Déchaux, au couvent d’Avon, près de Fontainebleau.
Ses pérégrinations le mèneront partout dans le monde afin de poursuivre sa grande œuvre, son « livre ouvert », comme il disait – la fondation de l’Institut Notre-Dame de Vie, en 1932, à Venasque, dans le Vaucluse –, son « livre fermé », Je veux voir Dieu, somme de théologie mystique parue en 1949, en étant le deuxième volet (5). Le 21 novembre 1973, six ans après sa mort, Marie Pila, fidèle de la première heure, fera approuver l’Institut par le Saint-Siège comme un seul Institut séculier à trois branches autonomes (féminine, masculine, sacerdotale) 
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