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Fragile absolu
Ou Pourquoi l'héritage chrétien vaut-il d'être défendu ?
Slavoj Zizek
Livre
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Année :
2008
Editeur :
Flammarion
EAN13 :
9782082105835
Notre référence :
30872
Nombre de pages :
238

Présentation de l'éditeur
Le cœur subversif de l'héritage chrétien est bien trop précieux pour être abandonné aux intégrismes et à la multitude des spiritualismes New Age. Christianisme et marxisme doivent combattre main dans la main, agripper le principe de charité, et défendre cette Altérité utopique dont toute position révolutionnaire devrait s'inspirer. Zizek met en place une discussion théologique qui confronte le Décalogue avec les droits de l'homme. Il retrace la genèse de l'Absolu, tant sur le plan philosophique (Schelling, Hegel, ou Heidegger) que théologique (saint Paul) et psychanalytique (Freud), à la lumière du paganisme, du néopaganisme, du judaïsme et du christianisme. Puis il démontre la vocation révolutionnaire de l'agapè paulinien qui tend moins à suspendre la Loi que son cercle vicieux, induit par le désir de transgression. Et si le pari chrétien n'était pas la rédemption, mais cette forme de " haine " prescrite par le Christ quand il appelle l'homme à se " débrancher " de la communauté ? Et si le dépassement de cette Loi même plaidait pour son abandon ? Un essai qui relance, dans une perspective passionnante, les enjeux ontologiques et anthropologiques de la religion.
 


Recension

n°191 mars 2008

« Contre les assauts contemporains du néopaganisme New Age, il semble tout à la fois théoriquement productif et politiquement important de rester fidèle à la logique judéo-chrétienne ». Un philosophe marxiste, par conséquent promoteur du matérialisme historique, psychanalyste lacanien de plus, qui se met en tête de défendre l’héritage chrétien dans le monde occidental brisé : l’entreprise est surprenante. Mais point si neuve, semble-t-il au premier abord. Avant le slovène Zizek (prononcer « Jijek »), il y eut déjà le marxiste italien Giorgio Agamben et les Français Alain Badiou et Daniel Bensaïd (respectivement maoïste et trotskiste) pour tenter de faire main basse sur la portée supposée révolutionnaire du Nouveau Testament et spécifiquement de l’oeuvre paulinienne. On aurait pu croire que Zizek s’inscrivît simplement dans la même manoeuvre classique. Heureusement non : le psychanalyste va beaucoup plus loin et, un peu à la manière d’un Girard (qu’il a trop peu lu, doit-on regretter) met en lumière à l’aide d’un langage originairement étranger à celui de la théologie, le parler lacanien, l’indicible portée de la libération chrétienne. Après certaines circonvolutions autour de l’Être heideggerien et autour du règne contemporain du Marché, Zizek, pénétrant dans le vif du sujet, découvre que l’entrée dans l’ordre de la Révélation est la seule possibilité pour le sujet humain de gagner en plénitude. Ce rapport nouveau qu’il introduit entre analyse et théologie lui est l’occasion de pages magnifiques, notamment sur l’iconoclasme ou l’impossibilité vétéro-testamentaire de représenter le divin : « L’“anthropomorphisme” dans la description de la vie divine n’est pas seulement inévitable ; il doit être ouvertement revendiqué, non parce que l’homme “ressemble” à Dieu, mais parce que l’homme fait partie de la vie divine, et que ce n’est qu’en lui seul, dans l’histoire humaine, que Dieu s’est pleinement réalisé et qu’Il est devenu un vrai Dieu vivant ». Le théologien catholique pointilleux trouvera sans doute ici mille erreurs à corriger, mille plans d’interprétation à rectifier : il n’en demeure pas moins que le dialogue nouveau qu’ouvre brillamment Zizek dans Fragile absolu mérite attention et méditation. Jacques de Guillebon