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Fragile absolu
Ou Pourquoi l'héritage chrétien vaut-il d'être défendu ?
Slavoj Zizek
Livre
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Présentation de l'éditeur
Le cœur subversif de l'héritage chrétien est bien trop précieux pour être abandonné aux intégrismes et à la multitude des spiritualismes New Age. Christianisme et marxisme doivent combattre main dans la main, agripper le principe de charité, et défendre cette Altérité utopique dont toute position révolutionnaire devrait s'inspirer. Zizek met en place une discussion théologique qui confronte le Décalogue avec les droits de l'homme. Il retrace la genèse de l'Absolu, tant sur le plan philosophique (Schelling, Hegel, ou Heidegger) que théologique (saint Paul) et psychanalytique (Freud), à la lumière du paganisme, du néopaganisme, du judaïsme et du christianisme. Puis il démontre la vocation révolutionnaire de l'agapè paulinien qui tend moins à suspendre la Loi que son cercle vicieux, induit par le désir de transgression. Et si le pari chrétien n'était pas la rédemption, mais cette forme de " haine " prescrite par le Christ quand il appelle l'homme à se " débrancher " de la communauté ? Et si le dépassement de cette Loi même plaidait pour son abandon ? Un essai qui relance, dans une perspective passionnante, les enjeux ontologiques et anthropologiques de la religion.
Recension
n°191 mars 2008
« Contre les assauts contemporains
du néopaganisme New Age,
il semble tout à la fois théoriquement
productif et politiquement
important de rester fidèle à la logique
judéo-chrétienne ». Un philosophe
marxiste, par conséquent
promoteur du matérialisme historique,
psychanalyste lacanien
de plus, qui se met en tête de
défendre l’héritage chrétien dans
le monde occidental brisé : l’entreprise
est surprenante. Mais
point si neuve, semble-t-il au
premier abord. Avant le slovène
Zizek (prononcer « Jijek »), il y
eut déjà le marxiste italien Giorgio
Agamben et les Français
Alain Badiou et Daniel Bensaïd
(respectivement maoïste et trotskiste)
pour tenter de faire main
basse sur la portée supposée
révolutionnaire du Nouveau Testament
et spécifiquement de
l’oeuvre paulinienne. On aurait
pu croire que Zizek s’inscrivît
simplement dans la même
manoeuvre classique. Heureusement
non : le psychanalyste va
beaucoup plus loin et, un peu à
la manière d’un Girard (qu’il a
trop peu lu, doit-on regretter)
met en lumière à l’aide d’un langage
originairement étranger à
celui de la théologie, le parler
lacanien, l’indicible portée de la
libération chrétienne. Après certaines
circonvolutions autour de l’Être heideggerien et autour du
règne contemporain du Marché,
Zizek, pénétrant dans le vif du
sujet, découvre que l’entrée dans
l’ordre de la Révélation est la
seule possibilité pour le sujet
humain de gagner en plénitude.
Ce rapport nouveau qu’il
introduit entre analyse et théologie
lui est l’occasion de pages
magnifiques, notamment sur
l’iconoclasme ou l’impossibilité
vétéro-testamentaire de représenter
le divin : « L’“anthropomorphisme”
dans la description de
la vie divine n’est pas seulement
inévitable ; il doit être ouvertement
revendiqué, non parce que
l’homme “ressemble” à Dieu, mais
parce que l’homme fait partie de
la vie divine, et que ce n’est qu’en
lui seul, dans l’histoire humaine,
que Dieu s’est pleinement réalisé et
qu’Il est devenu un vrai Dieu
vivant ». Le théologien catholique
pointilleux trouvera sans
doute ici mille erreurs à corriger,
mille plans d’interprétation à
rectifier : il n’en demeure pas
moins que le dialogue nouveau
qu’ouvre brillamment Zizek
dans Fragile absolu mérite attention
et méditation.
Jacques de Guillebon