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Kamikaze d'été
Stéphane Giocanti
Livre
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14,00 €
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Année :
2008
Editeur :
Editions du Rocher
EAN13 :
9782268064178
Notre référence :
30470
Nombre de pages :
198

Présentation de l'éditeur
Ce roman évoque d'abord l'engagement d'un aviateur comme kamikaze et sa mission finale au début de l'été 1945 - justifiant le titre. Mais cet aspect épique ne constitue qu'un premier volet et une première étape d'un problème familial qui se développe ensuite, pour renvoyer à la situation des générations japonaises au sortir de la guerre, et à leur difficulté de plus en plus aiguë à se comprendre entre elles. Asuka, la veuve du kamikaze, a héroïsé son époux et renonce au présent. Leur fils Naoki, n'ayant jamais connu son père, a plutôt fui cette mémoire gênante et vécu la vie ordinaire d'un étudiant. Peu à peu, Asuka a pris conscience du fossé qui s'est creusé avec son fils ; à vrai dire, elle se montre plus gênée par l'oubli de son père que par son homosexualité, dont elle a perçu les signes depuis longtemps. Elle décide de ne plus le revoir, provoquant la colère scandalisée de son beau-frère Koichiro et jetant Naoki dans le désespoir. L'enjeu, pour ce dernier, devient celui d'une réconciliation non seulement avec sa mère, mais aussi avec la figure de son père et avec l'histoire, en cette fin des années soixante où le Japon préfère tourner la page de la Seconde Guerre mondiale et vivre les enchantements du triomphe économique. C'est l'histoire de ces déchirures entre générations et de cette réconciliation qui tisse la trame du récit.
 


Recension

n°191 mars 2008

Un premier roman est toujours pour un auteur un peu l’histoire de soi-même. Mais, au fond, pour le lecteur, cette histoire secrète importe peu. Ce qui compte, ou ce qui devrait compter, ce n’est pas l’auteur, mais ce qu’il dit. Plutôt ce qu’il écrit. Avouons-le, cependant : j’ai été surpris d’apprendre que Stéphane Giocanti venait de signer un roman, au titre bien énigmatique : Kamikaze d’été. Spécialiste du Félibre, fin connaisseur de Charles Maurras auquel il a consacré plusieurs ouvrages, auteur d’une belle biographie sur le grand T.S. Eliot, Stéphane Giocanti semblait parti sur les chemins de l’étude littéraire. Le voici donc qui bifurque vers le roman, une aventure arrivée à plus d’un, dont son maître, le philosophe Pierre Boutang. Le lecteur amical et attentif n’est cependant pas au bout de ses surprises. Loin des odeurs de la Provence chère à Maurras ; éloigné également des rivages de notre France, cet héritage que nous avons en commun, Stéphane Giocanti a décidé de nous entraîner à travers un ballet céleste au sein du Japon moderne. Celui des kamikazes s’abîmant dans un effort fanatique sur les navires ennemis. Et celui de Mishima, tentant au-delà de toutes les contradictions, de renouer par un geste ultime avec un Japon de toujours. Les contradictions d’une époque Servie par une belle écriture, appliquée mais sans les exagérations si communes à nombre de « premier roman », l’histoire de Kamikaze d’été pourrait être au fond d’une grande simplicité si elle ne révélait les contradictions d’une époque. Officier, attaché à son pays, sans passion nationaliste pourtant, Masanori accepte la mission ultime de connaître cette nouvelle mort du samouraï par l’explosion de son avion sur un bateau ennemi. Bien des années plus tard, son fils Naoki, plongé dans les folies des années 70, part à la recherche de ce père qu’il n’a pas connu. Ce qu’il espère trouver, au fond, il n’est pas difficile de le deviner : c’est lui-même, ou plutôt la tranquillité avec lui-même, quête incessante pour celui qui comme Naoki ne cache pas son homosexualité sous le regard méprisant de sa mère. Il y parviendra grâce à l’ombre tutélaire de Mishima et de son geste ultime. Le Japon moderne était le cadre idéal pour cette histoire, théâtre de l’affrontement de la tradition et de la modernité, qui traverse comme une lame de samouraï l’âme déchirée des jeunes gens des dernières décennies. Mais peu importe, au fond, Naoki et ses contradictions intimes. Ce qui compte, par-dessus tout, ce qui rejoint le lecteur occidental, par-delà ce bel hymne d’hommage au Japon, à ses traditions et à sa culture, c’est bien ce déchirement que nous ressentons tous à un moment ou l’autre, selon le degré même de notre inquiétude métaphysique. Même en étant anti-moderne, nous sommes les enfants de la modernité. Même en nous réconciliant avec le meilleur du passé, nous devons quérir l’avenir. La tension ne peut être exclue ; elle est même la compagne permanente de notre humaine condition. Long poème en prose comme on l’a dit, Kamikaze d’été est aussi, et peut-être d’abord, une alerte méditation sur le destin. P.M.