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L'aube des traducteurs : De l'hébreu au grec
traducteurs et lecteurs de la Bible des Septante IIIe s. av. J.-C. - IVe s. apr. J.-C.
Alexis Leonas
Livre
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Présentation de l'éditeur
" Il était une fois une traduction... " Ainsi commence ce livre qui n'est pas un conte mais qui paraît en raconter un : bien que fruit d'une culture archaïque et étrangère aux Grecs, avorton littéraire en marge d'une culture riche et presque saturée, les Ecritures juives, par la grâce de la traduction des Septante, devinrent l'Ecriture sainte du monde gréco-romain. Et le conte a perduré : devenu religion officielle de l'Empire romain, le christianisme a instauré la Bible comme son livre de référence, et c'est toujours son statut vingt-trois siècles après cette première traduction. Première ? Oui. Dans un monde où toute culture s'enfermait dans sa suprématie (soit contre tout ce qui était " barbare " pour les Hellènes, soit, au contraire, contre tout ce qui était grec, donc étranger, pour les autres peuples méditerranéens - qui résistaient déjà à une première vague de globalisation), dans un monde où les échanges entre les cultures se faisaient par des voies obliques, on ne pratiquait pas la traduction littéraire (l'idée même d'une telle transmission, si coutumière pour nous, était absente de l'horizon intellectuel de l'Antiquité). Et cette traduction improbable a surgi. C'est cette histoire qui nous est racontée : celle des traducteurs, celle des lecteurs, celle des mots et du langage. Des considérations sur l'intérêt philologique et historique de cette première traduction émerge tout naturellement la question du sens de l'Ecriture - tel qu'il était pour l'Antiquité tardive, tel qu'il pourrait être pour une modernité tardive.
Recension
n°192 avril 2008
Depuis un siècle, la domination
absolue de la version hébraïque
(massorétique) de la
Bible, fixée par les rabbins dans
un contexte de polémique violente
entre juifs et chrétiens, a
singulièrement obnubilé, rétréci
et même déformé en sens unique
la réception catholique des
Livres Saints. Mais la découverte
providentielle des manuscrits de
la mer Morte et l’approfondissement
des autres textes traditionnels
très anciennement attestés a
suscité un intérêt renouvelé pour
les autres versions et, surtout
pour la Septante, qui sortent
bien souvent renforcées par la
confrontation.
Alexis Léonas affirme, avec
des développements très serrés,
que l’araméen et l’hébreu sont
deux sources aussi anciennes et
aussi respectables. Et extrêmement
imbriquées. Il rappelle par
exemple les affirmations du Talmud
de Babylone sur l’araméen,
langue d’Adam, les étymologies
araméennes des premiers noms
de la Genèse, et la lecture possible
en seul araméen de quelques
versets clés. Il resitue ainsi la langue
sacrée entre les deux idiomes.
Mais ce qui est fondamental,
c’est que les Écritures juives
sont devenues, par la lecture des
Septante, l’Écriture sainte de
l’oikouméné.
Si, très rapidement, cette traduction
a été considérée comme
miraculeuse, nous savons bien,
qu’elle a été au moins providentielle
en préparant le monde
antique à la révélation chrétienne.
Si l’Église latine rappelle
régulièrement que la Vulgate
reste le seul texte de référence
liturgique, de même que les
Églises orientales n’ont jamais
utilisé que la Septante, ce n’est
pas par hasard. Quand on
entend aux offices de Noël, en
français, qu’« une jeune femme va
enfanter » on peut bien sûr se
demander l’intérêt d’une aussi
banale information, mais surtout
se scandaliser en pensant à
la Vierge, Parthenos de la Septante,
Virgo de la vieille (version)
Latine comme de la Vulgate. Et
même à l’Almah dont le rabbin
Drach expliquait déjà voilà 150
ans qu’il voulait toujours dire
simplement vierge, malgré toutes
les traductions polémiques
antichrétiennes.
Jacques Bordelais