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Le roi vient quand il veut
Propos sur la littérature
Pierre Michon
Livre
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Présentation de l'éditeur
Parmi les entretiens que j'ai donnés depuis 1984, j'en ai réuni trente. On y trouvera le jeu de masques que ce genre exige, des contrevérités peut-être, de l'incongru, des traits de mauvaise foi, mais sûrement aussi quelques vérités, pas toutes involontaires. Et puis, relisant ces propos, je me dis qu'à défaut de la vérité introuvable, on y trouve enlacés les souvenirs et les lectures qui m'ont constitué : le panthéon aztèque et la chasse à Dieu dans Moby Dick, " le petit roman de trente pages " de Lautréamont et le rasoir d'un théologien anglais, une écoute enfantine de Salammbô qui est ma scène primitive, des lieux et des noms. Melville et Faulkner, Beckett y voyagent parmi des toponymes limousins. Mes morts bavards, Flaubert, Rimbaud et Villon, Giono et Borges, Hugo y fréquentent des prolétaires morts sans discours. J'ajoute que, si j'ai peu touché aux entretiens que j'avais donnés par écrit, j'ai retouché librement ceux qui, enregistrés, avaient été récrits par mes interlocuteurs. Que ceux-ci ne me tiennent pas rigueur de cette réappropriation.
Recension
n°192 avril 2008
Pierre Michon est un auteur
pour happy few, un auteur de
cercle, qui se transmet comme
un mot de passe. Il faut pourtant
briser l’omerta, car c’est un de
nos meilleurs écrivains. Ses publications
sont rares mais éclatantes.
Tout d’abord Les Vies
minuscules qui, comme le titre le
sous-entend, sont des vies, genre
littéraire à part entière où se sont
illustrés Plutarque, Jacques de
Voragine ou Schwob. Dans toute
son oeuvre, Michon s’attache à
faire vivre les petits et les humbles,
qui n’ont aucune place dans
la littérature.
C’est cette oeuvre riche de
concision, intense d’humanité,
courte en volume et forte de charité
sur laquelle Michon revient,
dans Le roi vient quand il veut. Il
la traite parfois avec désinvolture,
souvent avec humour. Ce
recueil d’articles nous permet de
mieux cerner une vision littéraire
qui paraît, à de nombreux
égards, énigmatique. Rentrer
dans le monde de l’auteur de La
grande Beune, c’est un peu
comme entrer en religion
(michoniste, bien entendu !).
Notre auteur, qui aurait pu faire
une belle carrière en hérésie, est
fasciné par la religion catholique,
ce qu’il ne cesse de clamer. Le grand intérêt de l’oeuvre de
Michon réside dans le fait de sa
démarche créatrice. Dans un
monde sans Dieu, Michon
redonne leurs lettres de gloire
aux pauvres et aux petits qui ont
disparu. Écrire sur ces petits leur
permet d’accéder à une première
« résurrection des corps ». Michon
dit écrire comme s’il s’adonnait à
la prière, son oeuvre est une oraison
à un monde vide, où l’homme
a abandonné Dieu et la personne
au profit du marché et de
l’individu. Derrière la nostalgie
des pauvres qu’il chante, paraît le
rejet de la société du marché
triomphant, où l’oeuvre est objet
commercial. Pourtant, aux yeux
de Michon, qui résiste par la
brièveté de son écriture, la Grâce
existe, elle se cache dans les
oeuvres qui elles-mêmes font la
preuve de Son existence. Dans
ses aventures de « créature déchue
en individu », Michon, frère
d’un Péguy non converti, défend
une société aux valeurs chrétiennes
qui s’évanouit à la suite du
monde paysan. Par ailleurs,
Michon relit l’histoire littéraire
avec l’idée sous-jacente que la
création artistique s’inspire
d’une réalité supérieure et sacrée,
en particulier chez Flaubert et
Faulkner. À la lumière de son
inspiration, Michon nous réenracine
dans le monde.
Et Dieu dans tout ça ? « Il
existe, car il est le dédicataire de
l’art. »
François Tranchant