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L'Enigme des sables
Erskine Childers
Livre
Produit indisponible |
Présentation de l'éditeur
Une courte missive reçue d'un ami perdu de vue, une invitation à venir le rejoindre sur son yacht pour une croisière, avec la perspective de chasser quelques canards... et voilà le jeune Carruthers, qui s'ennuie dans son ministère à Londres, embarqué dans une aventure invraisemblable. Celle-ci va le conduire de la Mer Baltique aux îles de la Frise, et à la découverte d'un redoutable plan d'invasion de l'Angleterre.
L'Enigme des sables, paru en 1903, est au roman d'espionnage ce que les aventures de Sherlock Holmes sont au roman policier : une œuvre fondatrice, incontournable, que toute bibliothèque devrait posséder. Mêlant humour et aventures maritimes, ce texte est aussi un document historique exceptionnel.
Recension
n°193 mai 2008
Habituellement, les auteurs de romans d’espionnage
ont l’imagination débordante et meurent
dans leur lit. Ce n’est pas le cas de l’Irlandais Erskine
Childers qui aura le sinistre privilège de mourir
debout, le regard droit, face aux fusils britanniques.
Pourquoi vous parler de Childers, auteur aujourd’hui
bien oublié ? La raison la plus simple est que les éditions
Phébus viennent de rééditer The riddle of the Sands,
L’Énigme des sables en français, le roman historique de
Childers.
Travaillant sur l’histoire de la révolution irlandaise,
j’avais entendu parler de ce livre, sans avoir pu ni pris le
temps de le lire. Sa réédition est tombée fort opportunément.
Le caractère historique de L’Énigme des sables ne
tient pas tant à ses qualités littéraires – il n’en est pas
dénué, mais sans excès – qu’au rôle qu’il a joué avant la
Première Guerre mondiale. Irlandais, fidèle sujet de sa
Très Gracieuse Majesté britannique, Erskine Childers
était persuadé que la flotte militaire allemande pouvait
menacer la Grande-Bretagne. Pour convaincre les autorités
britanniques, il n’a rien trouvé de mieux que
d’écrire un roman expliquant fort astucieusement les
risques d’invasion de la Grande-Bretagne, à partir des
îles de la Frise et de la mer Baltique.
Lors de sa parution en 1903, The riddle of the Sands eut
un grand succès en Angleterre. Auprès du public auquel
il offrait un nouveau genre de littérature et qu’il tenait en
haleine au rythme des vagues et des aventures des deux héros.
Auprès des autorités militaires, aussi, bien que différemment.
Elles furent moins sensibles, semble-t-il, à l’aspect picaresque
qu’à l’étendue du désastre qui s’ouvrait devant eux, en cas de
guerre contre l’Allemagne. L’auteur avait remporté la partie. Il
avait joué sur les goûts du public et sur sa fibre patriotique ainsi
que sur l’inquiétude qui habite souvent les États-Majors.
Pendant la Première Guerre mondiale, on s’empressa de traduire
le livre en français. C’était en 1915 et on espérait encore
vite gagner la guerre. Il fallait donc aller à pas cadencé pour que
le public français fût tenu dignement en haleine. Comme si les
nouvelles du front ne devaient pas suffire…
Apparemment, les spécialistes du roman d’espionnage placent
L’Énigme des Sables parmi les oeuvres fondatrices du genre.
Pourquoi pas ? En tous les cas, il représente beaucoup plus que
cela puisqu’il associe à l’intrigue un véritable traité de navigation
en mer Baltique. Un peu lente à démarrer, l’histoire
débute quand le jeune Curruthers – le narrateur – reçoit une
missive d’un ami perdu de vue l’invitant à le rejoindre pour une
croisière et une chasse aux canards. L’ennui d’un ministère
aidant, le jeune homme s’embarque finalement sur un yacht
trop petit et découvre qu’en fait de canards il va chasser de l’Allemand.
Combattant courageux dans la Royal Navy pendant la
Première Guerre mondiale, Erskine Childers ne se fera pas pardonner
son engagement républicain lors de la guerre d’Indépendance
en Irlande. On a dit que les peuples avaient la
mémoire courte. Il faut croire que les gouvernements l’ont
aussi. On ne fusille pas un homme qui a risqué sa vie pour une
nation qui n’était pas la sienne.
P.M.