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Les Evangiles du lac
Olivier Maulin
Livre
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Editeur : L'Esprit des Péninsules
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Présentation de l'éditeur
Lassé par la vie de bureau, un publicitaire parisien à la dérive trouve asile au fin fond d'une vallée post-industrielle des Vosges alsaciennes, peuplée de personnages pittoresques - depuis un curé de choc jusqu'au surnommé Fifty-Fifty, contrôleur SNCF et mystique du rail. Il y fait la connaissance de Suzy Fuchs, jeune femme très exaltée qui prétend diriger une armée de lutins et régner sur une forêt grouillante de fées et d'esprits. Initié au terrorisme écologique puis au paganisme érotique, Pierre Martineau deviendra-t-il le quatrième disciple d'un Ordre qui compte déjà dans ses rangs un écureuil et un simple d'esprit ? Dans la droite ligne du précédent roman de l'auteur (En attendant le roi du monde), une réflexion pleine d'humour et de profondeur sur le désenchantement du monde.
Recension
n°192 avril 2008
Le dénommé Maulin a encore
frappé. Si l’on n’entend sa voix,
sa voix d’écrivain, que trop peu
résonner, c’est sans doute que
dans le vide le son ne porte pas.
N’existe pas même. Et qu’il est
environné aujourd’hui, en
France, d’un assez fort néant en
matière de roman. Parlons pourtant
de cette étoile filante qui au
milieu de la sphère des fixes
rompt avec bonheur une certaine
immutabilité qui n’est pas franchement
à l’honneur des lettres
françaises contemporaines. Maulin
ridiculise ici, avec une modestie
allègre, les peu nombrables
pontes moisis déjà, qui en montrant
leur cul fripé avaient cru
réinventer ce qu’ils n’ont pas
appris, ou alors ont oublié, la littérature.
Maulin a la verve d’un auteur
de contes et légendes, verve que
l’on croyait disparue ou qui
aurait toujours été réservée à une
masse d’anonymes qui, se succédant,
auraient parvenu au bout
de quelques siècles à un chefd'oeuvre.
Olivier Maulin, lui,
détient cette verve d’emblée et
seul, verve qu’il double d’un
humour formidable, un peu
chestertonien dans sa tension
vers un absurde parfaitement
sensé, par où comme un vrai fou
du roi il démine les intimidants
sujets qu’il se donne. Ici, dans ces
Évangiles du lac, il ne s’agit pas
moins que d’une tentative de
réenchantement de la réalité,
dans un coin perdu des Vosges, le
« cul du monde », où un pauvre
gars postmoderne, communiquant
voire marketeur de son
état, le narrateur, se trouve jeté,
pris dans les rets de l’étonnante
Suzy, jeune fille un peu sorcière
et fortement tragique, qui galope
dans les forêts derrière des lutins,
à la recherche de quelque chose
qu’elle a perdu.
Maulin inscrit à l’évidence ce
roman dans la lignée du premier
qu’il donna, le magnifique En
attendant le roi du monde, et
gagne en profondeur ce qu’il
perd peut-être, un tout petit peu,
en rythme. Un seul mot d’ordre :
se jeter dessus.
Jacques de Guillebon