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Un candide en Terre sainte
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Année :
2008
Editeur :
Editions Gallimard
EAN13 :
9782070783809
Notre référence :
29941
Nombre de pages :
453

Présentation de l'éditeur
D'après les Évangiles, et dans sa courte vie tant cachée que publique, le Galiléen s'est rendu, sans visa ni carte d'identité, en Israël, Palestine, Jordanie, à Gaza, au Liban, en Égypte et en Syrie. Je me suis faufilé dans tous ces pays : il y faut plus d'un passeport et des détours. Jésus pouvait traverser la mer de Génésareth, aller "au-delà du Jourdain ", et revenir le lendemain sur l'autre rive. Ce n'est plus possible. Aussi ce voyage d'un flâneur des deux rives n'a-t-il pu s'effectuer d'un seul trait. C'est un pari que de refaire l'itinéraire de Jésus à travers le Proche-Orient d'aujourd'hui, pour observer comment juifs, chrétiens et musulmans vivent à présent leur foi.
Les surprenantes et souvent rebutantes vérités qui se dévoilent en Terre sainte ont valeur d'avertissement. Plus qu'un voyage au bout de la haine, ce carnet de route peut servir à la connaissance du monde profane tel qu'il va. Tout à la fois témoignage, chronique et méditation, l'enquête peut dès lors se lire comme un pèlerinage au cœur de l'homme, qu'il soit croyant ou agnostique, d'ici ou de là-bas
 


Recension

n°193 mai 2008

Philosophe dont l’intérêt pour le fait religieux est désormais bien connu, R. Debray a enquêté sur l’état des « coexistances ethnoreligieuses » au Proche-Orient. Pour cela, il a choisi, en se servant des récits évangéliques, de suivre les pas de Jésus partout, et même un peu au-delà, où le Fils de Dieu se rendit durant son séjour parmi les hommes, mais avec le projet d’observer ce que le Christ y verrait aujourd’hui. Debray a donc parcouru Israël et la Palestine, le Liban, la Syrie et la Jordanie, mais pas l’Égypte, ce qui est dommage. Il a visité maintes villes et ruines, maints lieux de pèlerinage, s’est entretenu avec un nombre incalculable de juifs, chrétiens et musulmans, des gens du peuple comme des dignitaires religieux ou encore des dirigeants et des militants politiques. Il a lu, écouté et observé avec une étonnante acribie, au point de pouvoir maintenant s’exprimer en connaisseur sur les problèmes complexes de cette région. De ses pérégrinations, il a rapporté un récit qui, pour être érudit, documenté et souvent très précis, n’est jamais ennuyeux. Au fil de sa plume, notre penseur, avide de déchiffrage et sachant pousser ses interlocuteurs dans leurs retranchements, note des détails singuliers et significatifs, tout en évoquant fréquemment l’histoire. Le tout est ponctué par des réflexions personnelles qui montrent son aptitude à saisir les coulisses des situations. Et puis, écrit dans un style haletant, l’ouvrage se parcourt avec un réel plaisir. Le narrateur, qui a le sens de la formule (avec, parfois, du mordant), sait capter l’attention. En fermant ce livre, le lecteur chrétien éprouvera pourtant déception, et même agacement. À bien des reprises, il lui aura semblé percevoir chez Debray comme un frémissement spirituel, une ouverture de l’âme au mystère du Christ, tant il semble touché par son innocence et le témoignage de ses disciples actuels, et choqué par les affronts qu’ils subissent, eux dont la religion, contrairement à celle des juifs et des musulmans, ne justifie aucune violence pour s’approprier une Jérusalem terrestre. Or, non seulement Debray résiste à l’attrait que l’on a cru deviner – cela est son affaire – mais, à la fin de son volume, dans une curieuse comparaison des avantages et inconvénients respectifs des trois monothéismes, il les renvoie tous dos à dos, laissant échapper plus d’une injustice envers les chrétiens, par exemple lorsqu’il retrouve dans les propos de Ben Laden ceux du Syllabus édicté par Pie IX en 1864 ! Un alibi pour ne pas avoir à choisir ? Annie Laurent