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Vent de Mars
Henri Pourrat
Livre
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Caracteristiques
Prix Goncourt 1941
Présentation de l'éditeur
L'effort est la condition première. Rien ne vit que ce qui exerce sa propre vie, en la portant contre le sort qui la fortifie et la hausse. Il faut à la vie le contraire de l'aise et de la facilité.
La production qui n'est plus que production appelle la destruction, comme la jouissance appelle la pourriture. Cet inimaginable progrès industriel, ne voit-on pas à quoi il va : si ce n'est à l'énorme folie de la guerre, aux tempêtes de torpilles sur les villes d'acier et de ciment, c'est au dessèchement dans ces villes des races sans postérité.
Le 22 décembre 1941, le prix Goncourt a été attribué à ce livre, au deuxième tour, par six voix (Benjamin, Champion, Dorgelès, Guitry, Larguier, Rosny) contre trois (Ajalbert, Carco, Descaves).
« Je me sens - et nous nous sentons tous - heureux comme si c'était moi. »
Jean Paulhan
Recension
Ecologie, décroissance, développement durable…
autant de termes qui forment les litanies de notre
moderne époque. Vers qui s’élèvent-elles, sinon
vers une inquiétude prégnante qui habite l’homme
contemporain pourtant gavé de biens matériels et technologiques
jusqu’à en vomir. Notre drame consiste peutêtre
à avoir reconstruit la « nature » autour d’un concept
idéologisé remisant le vieux Jean-Jacques au rang de
jeune apprenti. La nature, au fond, savons-nous ce
qu’elle est, même lorsque nous employons de grands
mots solennels pour parler d’elle ?
Pourquoi écrire tout cela ? Peut-être à cause d’un
livre qui semble venir de loin. De très loin, même !
D’une France qui n’existe plus, d’une civilisation
achevée par les folies de la Seconde Guerre mondiale
et définitivement disparue sous les coups de l’industrialisation
de l’agriculture. Et pourtant ! Dans ce
Vent de Mars d’Henri Pourrat, que d’échos avec
nombre d’inquiétudes contemporaines ou avec les
solutions avancées dans un incroyable désordre. Ce que
l’on tente vainement de retrouver aujourd’hui, Pourrat l’avait
déjà évoqué en écrivain, en poète, en homme d’expérience.
Des exemples ? Il en existe quasiment à chaque page.
Pourrat note ainsi « La production qui n’est plus que production
appelle la destruction, comme la jouissance appelle
la pourriture. Cet inimaginable progrès industriel, ne voit-on à
quoi il va : si ce n’est à l’énorme folie de la guerre, aux tempêtes de
torpilles sur les villes d’acier et de ciment. » Ailleurs, il écrit réaliste
: « On n’ira pas contre le progrès industriel : on ne rejettera pas
l’électricité, ni l’auto, ni la radio. […] Tout ce qu’il faut, c’est mettre
les pouvoirs, les richesses que procurent les sciences, au-dessous
de ce que peut donner la vie, au-dessous des enfants et des âmes et
de l’amitié ».
Ces considérations, et bien d’autres, le lecteur les trouvera
dans une sorte de Journal, une montée vers le choc de 1940,
vers cette défaite dont les causes n’étaient pas seulement militaires.
Pourrat s’est fait à partir de septembre 1938, l’observateur
attentif des réactions des gens de son pays, ces paysans
d’Auvergne qui ont déjà payé le prix de la Première Guerre
mondiale. Il défend ce monde et ses traditions, la valeur de la
paysannerie française, insérée dans un complexe tissu social qui
a explosé après guerre pour donner place à l’agriculteur isolé
dans sa spécialité. Son style profond, sans nervosité, creuse lui
aussi son sillon et laisse percevoir derrière l’homme de plume le
contemplatif profond. Chez Pourrat, lorsqu’il parle de la terre,
le ciel n’est jamais loin. Il le dit d’ailleurs à sa manière : « Un
pays ne vit que de sa paysannerie. Mais sa paysannerie, dans ce
monde de la puissance mécanique sous un climat fait par l’argent,
ne vivra que si elle entend, outre la loi naturelle, la loi surnaturelle,
la parole de Celui qui a pu dire : Je suis la Résurrection et la
vie. […] Le naturel doit aller au surnaturel, comme l’ancienne loi
arrive à la Loi nouvelle ». Au fond, même si la paysannerie a
bien disparu, nous sommes toujours sous ce régime-là.
Philippe Maxence