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Les degrés d'autorité du Magistère
Abbé Bernard Lucien
Livre
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Présentation de l'éditeur
l'infaillibilité ne s’exerce pas seulement de façon extraordinaire lorsque le pape s’exprime ex cathedra...
Recension
Le problème de l’autorité du Magistère
est récurrent dans certains milieux « progressistes
» et « traditionalistes ». On se
souvient, par exemple, du vent de contestation
qu'avait soulevé l’encyclique de
Paul VI
Humanæ vitæ sur la contraception.
Plus récemment, la question de l'ordination
des femmes a été périodiquement
relancée, comme si ce n'était pas
une question définitivement et infailliblement
tranchée par le Magistère.
D'un
autre côté, combien de fois n'a-t-on pas
entendu dire que le concile Vatican II
n’engageait pas les fidèles puisqu'il ne s'agissait que
d’un « concile pastoral » – comme si cela signifiait qu'il ne
contenait rien de « dogmatique » – qui a refusé d’engager l’infaillibilité
de l’Église ?
Bref, toutes ces contestations relèvent à
la base d'une incompréhension manifeste des degrés d'autorité
du Magistère. Que ces contestations viennent de l'aile « progressiste
» ou de l’aile « traditionaliste », elles se rejoignent en
ce qu’elles minimisent chacune le champ de l'infaillibilité et
tendent à réduire le Magistère de l’Église en un système binaire
infaillible-non infaillible, comme si la première catégorie dans
laquelle se rangent notamment tous les dogmes devait seule
exiger l'adhésion, la seconde catégorie étant plus ou moins laissée
à l'appréciation subjective de chacun.
L’immense mérite du livre de l'abbé Lucien est de clarifier
avec rigueur ces questions et de montrer avec force que l'infaillibilité
ne s’exerce pas seulement de façon extraordinaire lorsque
le pape s’exprime ex cathedra – ce qui en limiterait le nombre
de cas à une ou deux fois par siècle –, mais qu’elle s’exprime
également dans le cadre d'un enseignement non extraordinaire,
à travers ce que les théologiens appellent le Magistère
ordinaire universel.
Qu’est-ce que le Magistère ordinaire universel
? « Il s’exerce, répond l’abbé Lucien, par nature quotidiennement,
le critère étant tout simplement l’accord (unanimité
morale) de tous (y compris le pape) sur un point de doctrine. […]
Le Magistère ordinaire universel est celui qui donne son enseignement
sans formule spéciale, proposant tout simplement (de façon
moralement unanime) telle vérité comme révélée » (pp. 32-33).
Sur cette question, l’abbé Lucien consacre le dernier chapitre
de son étude aux discussions autour du canon de saint Vincent
de Lérins – « ce qui a été cru partout, toujours et par tous » (cf.
p. 139) –, certains « traditionalistes » identifiant l’enseignement
catholique sur l’infaillibilité du Magistère ordinaire universel
au canon lérinien, ce qui serait singulièrement en limiter
la portée.
C'est également l'occasion pour notre auteur de montrer
que « certains passages de Vatican II sont couverts par l’infaillibilité
du Magistère ordinaire et universel. Ce sont les passages où
une doctrine est directement affirmée et où, en outre, cette doctrine
est présentée comme révélée, ou comme liée nécessairement à
la révélation, ou comme absolument obligatoire pour tous les fidèles
» (p. 159). Pour l'abbé Lucien, cela vise notamment le n. 2
de Dignitatis humanæ sur la liberté religieuse.
Finalement, l'abbé Lucien, dans un chapitre particulièrement
utile sur la Tradition, met en lumière que ces problèmes
de Magistère révèlent une conception fausse de la Tradition
catholique (cf. p. 123)… un comble pour ceux qui se nomment
« traditionalistes ».
Christophe Geffroy