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Les degrés d'autorité du Magistère
Abbé Bernard Lucien
Livre
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Année :
2007
Editeur :
La Nef
EAN13 :
9782916343020
Notre référence :
25447
Nombre de pages :
232

Présentation de l'éditeur
l'infaillibilité ne s’exerce pas seulement de façon extraordinaire lorsque le pape s’exprime ex cathedra...
 


Recension


Le problème de l’autorité du Magistère est récurrent dans certains milieux « progressistes » et « traditionalistes ». On se souvient, par exemple, du vent de contestation qu'avait soulevé l’encyclique de Paul VI Humanæ vitæ sur la contraception. Plus récemment, la question de l'ordination des femmes a été périodiquement relancée, comme si ce n'était pas une question définitivement et infailliblement tranchée par le Magistère.
D'un autre côté, combien de fois n'a-t-on pas entendu dire que le concile Vatican II n’engageait pas les fidèles puisqu'il ne s'agissait que d’un « concile pastoral » – comme si cela signifiait qu'il ne contenait rien de « dogmatique » – qui a refusé d’engager l’infaillibilité de l’Église ?
Bref, toutes ces contestations relèvent à la base d'une incompréhension manifeste des degrés d'autorité du Magistère. Que ces contestations viennent de l'aile « progressiste » ou de l’aile « traditionaliste », elles se rejoignent en ce qu’elles minimisent chacune le champ de l'infaillibilité et tendent à réduire le Magistère de l’Église en un système binaire infaillible-non infaillible, comme si la première catégorie dans laquelle se rangent notamment tous les dogmes devait seule exiger l'adhésion, la seconde catégorie étant plus ou moins laissée à l'appréciation subjective de chacun.
L’immense mérite du livre de l'abbé Lucien est de clarifier avec rigueur ces questions et de montrer avec force que l'infaillibilité ne s’exerce pas seulement de façon extraordinaire lorsque le pape s’exprime ex cathedra – ce qui en limiterait le nombre de cas à une ou deux fois par siècle –, mais qu’elle s’exprime également dans le cadre d'un enseignement non extraordinaire, à travers ce que les théologiens appellent le Magistère ordinaire universel.
Qu’est-ce que le Magistère ordinaire universel ? « Il s’exerce, répond l’abbé Lucien, par nature quotidiennement, le critère étant tout simplement l’accord (unanimité morale) de tous (y compris le pape) sur un point de doctrine. […] Le Magistère ordinaire universel est celui qui donne son enseignement sans formule spéciale, proposant tout simplement (de façon moralement unanime) telle vérité comme révélée » (pp. 32-33). Sur cette question, l’abbé Lucien consacre le dernier chapitre de son étude aux discussions autour du canon de saint Vincent de Lérins – « ce qui a été cru partout, toujours et par tous » (cf. p. 139) –, certains « traditionalistes » identifiant l’enseignement catholique sur l’infaillibilité du Magistère ordinaire universel au canon lérinien, ce qui serait singulièrement en limiter la portée.
C'est également l'occasion pour notre auteur de montrer que « certains passages de Vatican II sont couverts par l’infaillibilité du Magistère ordinaire et universel. Ce sont les passages où une doctrine est directement affirmée et où, en outre, cette doctrine est présentée comme révélée, ou comme liée nécessairement à la révélation, ou comme absolument obligatoire pour tous les fidèles » (p. 159). Pour l'abbé Lucien, cela vise notamment le n. 2 de Dignitatis humanæ sur la liberté religieuse.
Finalement, l'abbé Lucien, dans un chapitre particulièrement utile sur la Tradition, met en lumière que ces problèmes de Magistère révèlent une conception fausse de la Tradition catholique (cf. p. 123)… un comble pour ceux qui se nomment « traditionalistes ».

Christophe Geffroy