Lanef.net Boutique Politique
 |
Julien Freund : Au coeur du politique
Livre
Disponibilité : Habituellement expédié sous 6 à 10 jours
Ajouter à ma commande
Editeur : Editions de La Table Ronde
|
Présentation de l'éditeur
Philosophe, sociologue et historien des idées, Julien Freund (1921-1993) est l'un des rares penseurs du politique que la France a vu naître au XXe siècle. Avec Jacques Maritain, Bertrand de Jouvenel et Raymond Aron, et aussi Claude Lefort ou Cornelius Castoriadis, il fut du petit nombre de ceux qui ont représenté la philosophie politique de langue française. Formé par une lecture continuée de Max Weber, Freund fut un penseur du politique partagé entre un héritage aristotélicien assumé et une influence schmittienne reconnue autant que réfléchie. Son courage intellectuel et sa lucidité lui valurent d'être frappé d'ostracisme, après Mai 68, par une intelligentsia de gauche modelée par le marxisme et soucieuse de conserver le pouvoir intellectuel. Machiavélien pratiquant la vertu d'espérance, Freund fut un libéral conservateur insatisfait. Sa pensée politique, fondée sur la thèse que la politique vit du conflit, oscille entre un libéralisme combatif et un conservatisme éclairé, indissociable d'une réinterprétation sélective de la tradition occidentale, selon lui menacée d'autodestruction. Dans la chaîne idéale d'éclaireurs qui, dans la France du XXe siècle, va de Paul Valéry à Raymond Aron, l'" inconformiste " Freund a sa place.
Recension
n°191 mars 2008
Julien Freund (1921-1993)
est un philosophe politique
puissant aujourd’hui largement
oublié. Sa pensée s’est révélée au
contact de celle de Carl Schmitt
(1888-1985), le sulfureux auteur
qui a élaboré le concept
« ami-ennemi » en politique,
concept repris par Freund, mais
auquel il a jouté deux autres
couples antagonistes comme
étant des catégories irréductibles
du politique : commandementobéissance
et privé-public. Tout
cela a été exposé dans une thèse
monumentale publiée en 1965 :
L’essence du politique (rééd. Dalloz,
2003). L’ouvrage de Pierre-
André Taguieff est une excellente
introduction à sa pensée,
introduction réalisée dans un
esprit filial d’hommage à un
homme vraiment libre, résistant
durant l’Occupation, qui se
moquait du « politiquement
correct » et vilipendé en raison
notamment de son amitié jamais
démentie avec Carl Schmitt, un
moment rallié aux nazis.
Freund était catholique, mais
force est de constater que cela
n’apparaît guère dans son oeuvre
de philosophie politique. Aucun
de ses principaux maîtres –
Machiavel, Weber, Aron,
Schmitt – n’était influencé par la
philosophie politique chrétienne.
Et la systématisation de
sa thèse centrale sur le couple
« ami-ennemi » nous paraît pour
le moins discutable d’un point
de vue chrétien, même si certains
aspects nous paraissent justes,
comme celui-ci : « La diabolisation
de l’ennemi est le prix à
payer par ceux qui méconnaissent
l’opposition ami-ennemi. D’où les
guerres d’extermination qui,
visant des ennemis réduits à des
incarnations du diable, sont
conduites au nom de fins sublimes
(paix perpétuelle, fraternité universelle,
etc.) » (p. 54). C’est tout
le problème de la politique extérieure
américaine qui est soulevé
ici, on l’a bien vu avec l’Irak (sur
ce thème, il faut signaler l’intéressant
essai d’Alain de Benoist,
Carl Schmitt actuel, Krisis, 2007,
162 pages, 19 €). Taguieff montre
que Freund a été assez prophétique
à l’égard de l’islamisme.
Bref, voilà un tableau
plus que sympathique d’un philosophe
atypique avec lequel il
n’est pas interdit de diverger.
Encore faudrait-il le connaître…
et le reconnaître comme l’un des
philosophes politiques importants
de ces dernières décennies.
Christophe Geffroy