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La condition politique
Livre
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Année :
2005
Editeur :
Editions Gallimard
EAN13 :
9782070775767
Notre référence :
13438
Nombre de pages :
557

Présentation de l'éditeur
Il n'y a pas plus difficile à penser que la chose politique. Son évidence nous trompe. Quelle est sa place au juste dans le fonctionnement de nos sociétés ? Nous vivons à cet égard sur une illusion que la prophétie marxiste du dépérissement de l'Etat n'a fait que porter à ses dernières conséquences. La société est destinée à se suffire à elle-même en se débarrassant du carcan du politique. Le marxisme est mort en tant que théorie révolutionnaire, mais sa prophétie est en train de gagner dans les esprits. Ne nous répète-t-on pas tous les jours qu'à l'heure de la mondialisation et de l'économie sans rivages les Etats-nations ont fait leur temps et sont voués, sinon à la disparition, du moins à la marginalisation ? La post-modernité se veut post-politique. A l'opposé de ce nouveau sens commun, ce livre plaide l'idée que le politique continue d'être ce qu'il a toujours été : ce qui tient les sociétés ensemble. Il l'a été, simplement, selon des manières et par des voies très différentes. Ce sont ces configurations fondamentales qu'explorent les études réunies ici, du refoulement initial du politique par le religieux jusqu'à ses transformations modernes et ultramodernes sous l'effet de l'orientation vers l'avenir et de la dynamique de la société et de l'histoire. La mesure de cette diversité permet de mieux apprécier le rôle caché qu'il remplit aujourd'hui. L'éclipse du politique est au cœur de la désorientation actuelle des démocraties. Elles n'en sortiront pas sans se délivrer de la chimère de son dépassement. Ce dont nous avons le plus besoin pour nous orienter au milieu de ce désarroi, c'est une intelligence renouvelée de notre condition politique.
 


Recension

n°168

Il était une fois une civilisation qui se croyait universelle, éternelle, illimitée, se rêvant point d'achèvement de tous les temps. Cette civilisation, c'était la nôtre évidemment. Il était aussi une fois, en même temps, un homme incrédule qui refusait cette interprétation holiste et globalisante. Cet homme, c'est Marcel Gauchet, dont la pensée, par une vaste sape à demi-souterraine, n'en finit pas de révéler la faiblesse de fondation du monde moderne. Sa pensée vient à nous encore une fois aujourd'hui par le truchement d'un ouvrage dense que son titre sec, La condition politique, ne doit pas faire passer pour un précis sociologique à usage des seuls spécialistes. Gauchet décrit la vérité du socle de notre communauté temporelle. Il n'est sans doute pas, dans le domaine profane, de matière plus haute ni plus noble ni plus nécessaire, on le lui accordera. À qui n'a pas lu son maître-livre, Le désenchantement du monde, on rappellera que Gauchet interprète la civilisation occidentale moderne comme une entreprise inédite de sortie du pouvoir politique hors de la sphère religieuse. Alors que, précise-t-il ici en une évidence oubliée, « l'humanité a commencé par la religion, c'est-àdire par le refoulement du politique », s'empressant de signaler que « refoulement n'est pas abolition ». En ce sens, le philosophe prête aux civilisations originelles, qu'on dit « primitives », ce génie d'avoir conçu la transcendance du pouvoir, la légitimité tenue d'en haut, comme le meilleur rempart contre l'irruption de l'État et de la politique dans l'ordre du politique. « On ne saurait trop souligner la méprise de la thèse classique selon laquelle la religion n'aurait été inventée que pour légitimer l'ordre social et l'obéissance politique », poursuit-il. C'est bien le contraire qu'il faut se résoudre à penser : l'ordre sacré comme garant de la liberté des hommes et comme rempart contre l'asservissement à des formes humaines tyranniques. N'ajoute-til pas : « Le religieux est le moyen de se posséder par la dépossession » ? En l'occurrence, on peut songer que saint Jean de la Croix n'aurait pas mieux dit. Il ne faut pas pour autant faire de Gauchet un nostalgique de la théocratie. La tâche qu'il se donne, celle qui incombe à la philosophie politique d'après lui aujourd'hui, est la recherche d'une voie nouvelle pour un monde malade de lui-même : « La dissociation du politique et de la politique est la clé de voûte de notre monde en même temps que la source de ses difficultés récurrentes ». Les réponses ne sont pas de celles que procure une science dure et sûre d'elle-même. Les réponses sont d'abord dans un discernement sceptique devant toutes les idoles que, êtres sécularisés à notre insu, nous érigeons pour les adorer et nous rassurer.

Jacques de Guillebon