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L'avènement de la démocratie : Tome 1, La révolution moderne
Livre
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Editeur : Editions Gallimard
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Présentation de l'éditeur
L'Avènement de la démocratie propose, échelonnées sur quatre livres, à la fois une histoire philosophique du XXe siècle et une théorie de la démocratie. L'entreprise constitue la suite du Désenchantement du monde. Ce qui advient avec la sortie de la religion, c'est un monde où les hommes ambitionnent de se gouverner eux-mêmes. Mais c'est en fait le monde le plus difficile à maîtriser qui soit. Ce sont les péripéties de ce parcours tumultueux, traversé d'embardées et de crises, dont il est fait une analyse raisonnée. Le premier volume, La Révolution moderne, est une sorte de prologue. Il campe l'arrière-fond, en retraçant sous une forme ramassée la révolution qui court entre 1500 et 1900, celle de l'autonomie. Surtout, il s'emploie à identifier les trois composantes spécifiques du monde désenchanté, du point de vue politique, juridique et historique. L'originalité de notre démocratie tient à la combinaison de ces trois éléments, qui est simultanément son problème permanent. Le deuxième volume, La Crise du libéralisme, présente une analyse en profondeur des années 1880-1914, qui constituent la matrice du XXe siècle, de ses tragédies et de ses réussites. En même temps que sont jetées les bases de la démocratie libérale, à la faveur de l'association du régime représentatif et du suffrage universel, le nouvel univers qui se déploie fait exploser le cadre hérité de l'univers religieux qui avait soutenu l'édifice des libertés fraîchement acquises. Ce sera la source des folies totalitaires comme ce sera le ressort de l'approfondissement et de la stabilisation des démocraties libérales. C'est précisément cet épisode crucial qu'examinera le troisième volume, A l'épreuve des totalitarismes. Le quatrième et dernier volume, Le Nouveau Monde, sera consacré, dans la même perspective et avec les mêmes instruments de lecture, à la réorientation de la vie de nos sociétés depuis le milieu des années 1970 et à la nouvelle crise de croissance de la démocratie dans laquelle elle nous a plongés.
Recension
n°191 mars 2008
Depuis Le désenchantement
du monde paru en
1985, Marcel Gauchet, est
l’un des exégètes les plus
lucides de la modernité.
Décrypteur de ses fondements
et analyste de ses
conséquences, il poursuit
dans les deux premiers
volumes des quatre
tomes qui composeront
L’Avènement de la
démocratie son exploration
du monde de l’autonomie
et de l’individualisme
d’où toute référence transcendante
a été bannie. Relisant
l’histoire de la philosophie politique
occidentale, il en décrit
certes les grandes étapes qui, de
ce « commencement » qu’est « la
révolution religieuse initiée par
Luther » en passant par les interrogations
sur le droit divin et la
souveraineté, mènent au contrat
social de Hobbes puis de Rousseau
mais, au-delà, il caractérise
la démocratie libérale, objet
principal de son étude, comme
un « régime mixte » fondé sur
trois piliers : le politique – en
tant que « relais du religieux »,
avènement de l’État puis de la
nation –, le droit – lequel s’origine
dans les individus isolés –
l’histoire, enfin, – en tant qu’ouverture
vers l’avenir et clôture du
passé. Ce sont ces trois domaines
qui structurent sa lecture inédite
du programme moderne.
Dans un second temps, Marcel
Gauchet met en scène le philosophe-
artiste et médecin
Nietzsche qui, en diagnostiquant
dès avant la fin du XXe siècle
les symptômes du nihilisme
destructeur, assène des coups de
marteaux aux « idoles libérales »
que sont « le progrès, le peuple, la
science » auxquelles il opposera
l’éternel retour et la volonté de
puissance du surhomme, sans se
douter d’ailleurs combien le
« dernier homme » des sociétés
libérales avancées dispose de ressources
pour ne pas mourir… À
cela s’ajoutent, dans le domaine
politique, la crise du parlementarisme
et de la représentation, la
naissance du socialisme dit
scientifique ou, plus grave peutêtre,
de l’individu omnipotent
des « droits de l’homme » qui, tel
un monstre, se retourne contre
son créateur et menace jusqu’à
l’idée même de société politique
(c’est ce que Marcel Gauchet,
dans un livre précédent au titre
éponyme, avait appelé « la démocratie
contre elle-même »).
À ces deux ouvrages, qui sont
la geste éloquente du « fondamentalisme
démocratique » et de
la « théologie de la démocratie »,
on espère que succèdera une
mise en évidence aussi irréfutable
de leurs désastres politiques,
moraux et psychologiques.
Rémi Soulié