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Marie-Joseph Lagrange
Une biographie critique
Bernard Montagnes
Livre
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49,00 €
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Année :
2005
Editeur :
Cerf
EAN13 :
9782204072281
Notre référence :
8640
Nombre de pages :
626

Présentation de l'éditeur
Le dominicain Lagrange (1855-1938), fondateur en 1890 de l’École biblique de Jérusalem, en 1892 de la « Revue biblique », en 1900 de la collection des « Études bibliques », autant d’institutions qui poursuivent aujourd’hui l’étude scientifique de la Bible, a connu et subi toutes les vicissitudes de l’attitude de l’Église romaine sous quatre pontificats. Léon XIII, conseillé par le cardinal Rampolla, fait confiance aux débuts de l’École biblique et veut même appeler le père Lagrange à Rome pour y fonder un enseignement scientifique. Pie X, affronté à la crise moderniste, redoute les effets néfastes de l’exégèse critique et ne cesse de manifester de la défiance pour les travaux de l’École de Jérusalem, jusqu’à un blâme public décerné en 1912 par les services du cardinal De Lai. Sous Benoît XV, en dépit du revirement par rapport à l’orientation précédente, une encyclique (« Spiritus paraclitus ») désavoue Lagrange plutôt qu’elle ne l’encourage. Au temps de Pie XI, l’embellie pour l’étude critique de la Bible ne viendra que tout à la fin du pontificat, par les responsabilités confiées au cardinal Tisserant. L’orientation préconisée par Lagrange ne sera avalisée que par l’encyclique « Divino afflante Spiritu » de Pie XII en 1943.
En dépit de toutes les tracasseries qui ont marqué sa carrière, Lagrange a continué contre vents et marées son labeur scientifique, convaincu qu’il était du profit que le croyant devait trouver dans la critique historique pour comprendre la Parole de Dieu. Comme bien d’autres précurseurs en Église, il n’a connu que la peine des semailles, tandis que la joie de la fructification n’est venue qu’après sa mort, le 10 mars 1938. Il importe de découvrir aujourd’hui combien il en a coûté d’acculturer dans le monde catholique la méthode historico-critique mise au service d’une lecture théologique de la Bible. Lagrange savait que les travaux les plus savants sont destinés à être dépassés par des recherches plus récentes. « Mais qu’importe un destin éphémère, écrivait-il dans la Revue biblique de 1900, si cette parcelle d’activité inspirée par la foi et par le désir du bien n’est pas complètement stérile ? C’est surtout lorsqu’on consacre ses efforts à la parole de Dieu qu’on peut espérer qu’ils ne seront pas absolument vains. » Telle a été la ligne directrice de sa vie.
 


Recension

n°169

Postulateur de la cause en béatification de son frère dominicain Marie-Joseph Lagrange (1855-1938), le Père Montagnes, de la province de Toulouse, était le mieux placé pour rédiger le récit de la vie du fondateur de l’École Biblique de Jérusalem, cette institution qui, après avoir modestement ouvert ses portes en 1890 sur l’emplacement présumé du martyre de saint Étienne où elle se trouve toujours, connaît aujourd’hui un rayonnement international. L’auteur s’appuie sur une riche documentation, reproduisant en annexe de nombreux documents d’archives, ce qui confère à son livre une valeur incomparable car ils permettent tout à la fois de cerner la personnalité attachante de son héros et de mesurer l’audace de son entreprise dans un contexte hostile. Il n’allait pas de soi, en effet, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, de promouvoir l’exégèse des textes bibliques au moyen des sciences modernes, telles que la critique littéraire et l’archéologie, alors que l’Église catholique était confrontée à la grave crise moderniste. De fait, le Père Lagrange eut à affronter bien des incompréhensions, des oppositions et des injustices, tant de la part de sa famille religieuse que de la hiérarchie vaticane, y compris des papes Pie X et Benoît XV, jusqu’à ce que Pie XII, saisissant enfin la justesse de l’intuition qui avait présidé à cette fondation, en confirme la validité (encyclique Divino afflante Spiritu, 1943). Comme souvent, c’est dans l’épreuve que se mesure le degré de sainteté et Lagrange ne fait pas exception à cette règle. Son biographe montre comment le savant réussit à faire passer ses fermes convictions après l’obéissance dans une attitude d’humilité vraiment émouvante mais non sans de profondes souffrances pleinement assumées, avec humour parfois. La lecture de cet ouvrage permet donc de découvrir ce Père Lagrange qui est digne de figurer au rang des « géants » dans l’histoire contemporaine de l’Église.
Annie Laurent