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Génie du proxénétisme
beautés de la religion péripatéticienne
Charles Robinson
Livre
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Présentation de l'éditeur
Une chapelle voudrait que les seuls profits possibles soient connectés à l'innovation et aux nouvelles technologies. Un eldorado. Et autour, le désert. Celui qui n'a pas rejoint l'oasis tourne en rond et se couvre le visage de cendres. Nous ne le croyons pas. C'est un diagnostic paresseux. Nous, dirigeants d'une entreprise sexuelle, nous avons regardé les potentiels, c'est-à-dire de formidables bassins de main-d'œuvre non qualifiée. Et nous avons regardé les besoins, qui sont considérables pour les services à la personne. Donc nous disons: il y a un investissement à inventer. On ne convoite pas le gâteau du voisin en divisant les parts en plus petit, on apporte un nouveau gâteau sur la table, on demande qui en veut. Plus il y a de convives, plus il faut de gâteaux, telle est l'essence du capitalisme. Les premiers pas au demeurant ont été difficiles. Il a fallu nous battre. De la tête et des poings. Ce livre raconte l'aventure des hommes et des femmes qui osèrent se dresser contre les a priori et la sclérose. Une aventure collective. Notre aventure.
Recension
n°192 avril 2008
Depuis un bon siècle, imaginer
le pire est un exercice littéraire
prisé. Wells, Orwell et Huxley
ont ainsi ouvert la voie à un
genre dont le nom n’est pas sans
évoquer une maladie : la dystopie.
Ou anti-utopie, ou description
d’un monde aussi terrifiant
que vraisemblable, situé dans un
avenir plus ou moins éloigné.
Imaginer le pire revient un
peu à penser l’impensable. À
conjuguer le comble de l’horreur
au grotesque pour que le lecteur
constate enfin, effaré, que rien
n’est impossible… Surtout pas le
pire. Dans Les Particules élémentaires,
Houellebecq comparait
l’avènement d’une nouvelle
espèce humaine, asexuée, libérée
de toute vulnérabilité sensitive,
et la révolution du christianisme
pour la civilisation occidentale.
Sans le savoir, il posait des jalons.
Car c’est la même mise en parallèle
du rapport de l’homme au
sexe et à la religion que Charles
Robinson reprend dans son premier
roman. En négatif, cette
fois : quand Houellebecq imaginait
l’homme « parfait » à jamais
débarrassé de ses pulsions sexuelles,
« La Cité » de Robinson offre
sans limite sa pitance de chair
fraîche à des consommateurs
« décomplexés ». Cette « Cité », c’est un lupanar
géant. Le paradis du proxénétisme
légalisé, nettoyé, policé :
« Nous avons établi une traçabilité
de nos prostitués ». L’entrepreneur
et heureux lauréat de l’appel
d'offres d’une région française
sinistrée par le chômage
nous présente ainsi sa société, en
développant chaque aspect du
dossier (recrutement, public
visé, fonctionnement interne,
etc.).
L’intérêt et la viabilité de cette
ville-bordel, où tout est prévu
pour fidéliser le consommateur,
sont défendus par un narrateur
se gargarisant de termes marketing,
assumant fièrement sa foi
capitaliste et soucieux de se prémunir
contre toute attaque d’ordre
éthique. Ainsi, les employés
sont priés de se vouvoyer et de
n’user que de leurs prénoms. La
filière de recrutement est « transparente
». À la suite de l’entrepreneur,
tous témoignent de
leur satisfaction à vivre au sein
de « La Cité ».
Imaginer le pire, c’est forcément
ne pas craindre l’obscène :
Le Génie du Christianisme s’insère
en paragraphes entiers dans
le discours du chef d’entreprise,
organisé d’après le plan de Chateaubriand.
En bon docteur
Knock, Charles Robinson parvient
à convaincre son lecteur
que le nom de la politique économique
contemporaine sonne
comme celui d’une maladie.
Claire Debru