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La profondeur des sexes
Pour une mystique de la chair
Fabrice Hadjadj
Livre
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Année :
2008
Editeur :
Seuil
EAN13 :
9782020960106
Notre référence :
30279
Nombre de pages :
313

Présentation de l'éditeur
Qu'est-ce que c'est que ces sexes que nous croyons si bien connaître ? Les uns s'inquiètent de leur longueur et les poussent à la performance; les autres rappellent leur différence et en redoutent la confusion. Mais n'y a-t-il pas lieu, avant toute chose, et par-delà leur réduction biologique ou leur psychologique évanescence, de les considérer dans leur profondeur ? Et si des voies impénétrables s'ouvraient sous nos ceintures ? Si nos bas-ventres dissimulaient une ruse du Très-Haut ? Contre tout dualisme, c'est-à-dire aussi contre ce projet technicien qui ramène l'homme à un matériau, ce livre voudrait reconnaître l'esprit qui se donne à même la chair. Contre tout moralisme, c'est-à-dire aussi contre cet immoralisme qui ne cesse de faire sa leçon, il s'efforce de découvrir une "morale qui se moque de la morale", sachant laisser sa place à la dramaturgie du désir. Son itinéraire à travers la littérature, la philosophie et les textes sacrés nous invite à plonger dans des profondeurs sexuelles successives - celles du corps, du couple, de l'enfant, de la Cité, enfin celle d'un possible Ciel, d'après la foi juive et chrétienne en la résurrection. L'Epouse du Cantique des Cantiques ne craint pas de dire à propos de l'Époux divin : Mon bien-aimé a passé la main par la fente, et pour lui mes entrailles ont frémi (Ct 5, 4).
 


Recension

n°193 mai 2008

Depuis la fin du mois de mars, Thomas Beatie est au centre d’un délire médiatique, comme « premier homme enceint ». Thomas Beatie est une femme qui, par opération chirurgicale, a pris l’apparence d’un homme. La dialectique idéologique qui soustend notre société s’effondre devant les lois de la nature : si la sexualité peut être culturelle, le sexe ne l’est pas. L’avenir – générationnel et moral – de l’humanité passe par notre bas-ventre, pourvu que nous sachions le regarder pour ce qu’il est, en esprit, en vérité et en profondeur. Fabrice Hadjadj est de ces hommes « qui ne pensent qu’à ça ». Dans son dernier opus, il s’en fait le chantre, non par un air d’opéra, mais à travers les râles du bonheur et de la souffrance. Il ne cherche pas tant à analyser scientifiquement les différences entre l’homme et la femme qu’à explorer la cavité de l’une et méditer sur la protubérance de l’autre, tous deux favorisant l’ordination réciproque : virilité et féminité n’ont de force que dans un rapport mutuel. Les corps touchent l’esprit, favorisent la rencontre intime, avec Dieu : nous sommes « mâle et femelle jusqu’au divin ». L’acte sexuel humain est le seul qui peut se faire face à face, regard contre regard, bouche contre bouche. L’acte même devient un signe d’exigence et d’épreuve : « La relation humaine des sexes ne s’écarte de l’instinct que pour s’inscrire dans un drame. Chacun va devoir y révéler ce qu’il est ». Dès lors, la vraie morale est de jouir sans retenue, dans un don total à l’autre. L’exigence de l’Église tend à la dépossession absolue, à l’offrande partagée. Fabrice Hadjadj n’élude aucune difficulté dans son nouvel essai : la chair, la procréation, la famille, la résurrection des corps. Si nous pouvons trouver les préliminaires parfois laborieux, c’est qu’il prend le temps de caresser toutes les faces du sujet. Avec La profondeur des sexes, le philosophe offre un ouvrage de très haute tenue, à la fois novateur et plus hésitant que ses précédents. Il fait sien l’héritage magistériel mais pointe les vides laissés par l’Église dans le domaine. La relation sexuelle est moins un complément qu’un rappel de la déchirure provoquée par le péché originel. Dieu a voulu l’Homme homme et femme, et l’union de leur sexe permet de rentrer dans le mystère originel de la Création : « Quand on se marie, on accueille toutes les femmes en une ». Le drame du mariage est de tendre à une communion charnelle dont la puissance se vérifie jusqu’à la mort, qui porte la lumière du couple dans l’au-delà. L’acte charnel, aussi imparfait et douloureux qu’il soit, est ce qu’il y a de plus semblable ici-bas à l’union spirituelle que nous serons appelés à vivre avec Dieu. Il est l’expression de l’amour divin. Il n’est qu’à voir la généalogie du Christ ; quatre femmes sont citées qui révèlent autant de crimes (inceste, prostitution…) : telle est la voie choisie par Dieu pour révéler son Fils. Au coeur de la misère, la Miséricorde s’accomplit. Le sexe s’inscrit dans l’ordre de l’amour, pour s’épanouir pleinement après notre mort, avec les conséquences radicales que cela suppose, jusqu’à celle, ultime, qui nous invite à faire de notre chair un sillon mystique : « Il y a quelque chose qui me fait trembler. Le degré d’intimité ne sera plus en fonction de l’espace mais de l’amour. Plus proche de ma femme sera l’homme qui l’aura le plus aimé. Sera-ce moi ? » Pierre Gelin
 
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