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La schizophrénie de l'islam
Livre
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Editeur : Desclée de Brouwer
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Présentation de l'éditeur
Comme le souligne d'emblée Anne-Marie Delcambre, à la suite de Jacqueline Chabbi, professeur à l'Université Paris VIII, «l'Islam n'a pas accompli sa révolution critique et historique». Il devient donc urgent de travailler à son histoire sans parti pris, car la vision du courant wahhabite qui tente de s'imposer aujourd'hui n'a rien à voir ni avec l'islam traditionnel ni tel qu'il s'est construit au cours des siècles ni a fortiori avec l'islam des origines.
Après avoir jeté un regard décapant et bien accueilli par le public sur la place problématique des interdits dans la religion musulmane, Anne-Marie Delcambre invite à découvrir que l'Islam des premiers temps est une croyance qui se cherche encore, bien éloignée d'une sorte d'âge d'or mythique, et qui va profondément évoluer au contact de multiples influences. De même que le christianisme des origines n'est pas lui non plus monolithique, l'Islam se constitue à travers le contact ou la confrontation avec d'autres, sensible à travers la question des conversions. Ainsi la conversion des populations au-delà du monde arabe, le choc culturel avec Byzance, la relation aux chrétiens de Syrie, les convertis espagnols de l'Andalousie, les liens au monde turc et mongol, puis plus tard avec le monde berbère ou l'Afrique... Plus généralement, l'auteur évoque aussi combien cette religion pose de nouveaux défis à travers sa dynamique d'inclusion des convertis.
Universitaire, docteur en droit, Anne-Marie Delcambre a notamment publié L'Islam (La Découverte), Mahomet, la parole d'Allah (Gallimard), Mahomet, L'Islam des interdits et Enquêtes sur l'Islam, avec Joseph Bosshard, ces trois derniers étant publiés chez Desclée de Brouwer.
Recension
n°171
"Spécialiste de l’islam dont elle traite sans langue de bois, Anne- Marie Delcambre nous offre là son sixième livre qui cherche à montrer, comme le titre l’indique, « la schizophrénie de l’islam » : schizophrénie qui conduit une partie des musulmans à s’enfermer dans un texte figé, sans tenir compte du
contexte, et ainsi à se couper du monde moderne; les autres (en fait très minoritaires), plus ouverts à la modernité, cherchent à faire évoluer l’islam, sans prendre la mesure de la rigidité des textes fondateurs. Cette schizophrénie est largement entretenue par le « mythe » d’un « islam invariable » hérité de Mahomet qui ne correspond en rien à la réalité historique. Pour le démontrer, l’auteur
nous brosse à grands traits une vaste fresque historique qui est sans doute la partie la plus riche du livre : l’islam est une religion de convertis qui a énormément reçu des peuples (non arabes) qu’il a soumis. Les conversions, le plus souvent, n’étaient en rien spontanées, mais la conséquence de l’humiliant
statut des vaincus, les dhimmis. « Le mythe de la tolérance de l’islam est tellement ancré, rappelle Anne-Marie Delcambre, qu’on oublie que l’islam n’est tolérant que lorsqu’il ne peut faire autrement » (p. 111). Dans le domaine des arts et des sciences, par exemple, elle montre que la civilisation islamique n’a rien inventé, mais a su habilement récupérer le génie des peuples conquis (Perses, Byzantins). Bref, selon les lieux, l’islam ne présente pas un visage unique, mais a une dimension multiforme que les musulmans eux-mêmes reconnaissent difficilement, tant on les a convaincus du contraire. Le paradoxe est qu’Internet contribue aujourd’hui à déconnecter l’islam présent en Occident de la réalité et entretient ainsi une vision extrémiste auprès des fidèles musulmans qui auraient pu être les plus ouverts à une certaine modernisation de l’islam. Et cela, Anne-Marie Delcambre le montre avec l’aide des fatwas que véhicule Internet et qui sont le reflet d’un islam totalement figé dans ses positions les plus sclérosées. Tout cela est peu encourageant et met en lumière les deux différences les plus essentielles entre islam et christianisme : l’absence, chez le premier, des réalités qui sont au coeur du second : l’Amour (la relation de confiance Père-fils entre le Créateur et sa créature) et l’appel à la sainteté. Différences que l’auteur, visiblement assez
réfractaire à la religion en tant que telle, ne semble guère percevoir. Dommage, c’est la seule réserve à formuler sur un travail par ailleurs fort utile. Du même auteur chez le même éditeur, signalons le livre Enquête sur l’islam (2004, 326 pages, 25 €), dont la deuxième partie est rédigée par une dizaine d’auteurs : l’ensemble se veut un hommage au grand islamologue qu’était le P. Antoine Moussali (1921-2003), qui était aussi un ami de La Nef."
Christophe Geffroy