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L'Apocalypse russe : Dieu au pays de Dostoïevski
Jean-François Colosimo
Livre
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Année :
2008
Editeur :
Fayard
EAN13 :
9782213629285
Notre référence :
30168
Nombre de pages :
357

Présentation de l'éditeur
Comment, dès 1917, le monastère des Solovki, orgueil de l'empire tsariste, est-il devenu le premier camp d'extermination de l'Union soviétique ? Comment le nihilisme, le terrorisme; le totalitarisme sont-ils apparus dans la Sainte Russie des ermites, des fois en Christ, du peuple souffrant et " théophore " ? Qu'en est-il des slavophiles, des occidentalistes, de Pierre le Grand, de la Troisième Rome et de Byzance dans la genèse du mythe russe ? Le communisme a-t-il été un accident ? Et les Russes sont-ils condamnés au despotisme ?. Retrouvant, à la jointure de la mystique et de l'histoire, la déchirure originelle entre l'Occident et l'Orient chrétiens, cet essai constitue le deuxième volet d'une grande enquête théologique sur les mutations modernes de Dieu en politique. On y lira pourquoi, des vieux-croyants immolés dans les flammes aux inventeurs des attentats-suicides et aux " constructeurs de Dieu " bolcheviques, la Russie a connu une suite d'apocalypses recommencées. Pourquoi, aussi, les voix des Démons, traversant les âges, résonnent désormais de Pétersbourg et Moscou aux quatre coins du monde. Et pourquoi, enfin, les prophéties conjointes de Dostoïevski et de Soljénitsyne sont appelées à éclairer, plus que jamais, le siècle qui s'ouvre
 


Recension

n°193 mai 2008

l’éterÉtonnante perception de la Russie que la nôtre. Les jugements sont portés sans autre connaissance qu’une histoire qui n’englobe que le XXe siècle. Le reste n’est que folklore, assez hermétique quant à sa signification. À cette myopie historique s’ajoute une méconnaissance de l’orthodoxie, incomprise car mystique et raillée comme arriérée. Avec cet ouvrage, l’auteur fait surgir le fait religieux comme élément principal de l’évolution du pays. Si la mort programmée de Dieu par les bolcheviks a parachevé le glissement vers l’abîme de toute une nation, c’est le lien pervers entre État et religion qui est ici à l’étude. Octobre 1917 n’est pas la première apocalypse russe, et ce n’est pas l’absence de Dieu qui est condamnable mais son remplacement par un dieu humain. Prophétisée par Dostoïevski, et révélée par Soljenitsyne, la nuit soviétique n’était que la cristallisation d’une crise intérieure et d’une incompréhension extérieure. En Russie, par la subordination de l’Église à un pouvoir temporel, usurpant le pouvoir spirituel pour se rêver en seul successeur de Pierre, dépositaire de la vraie foi et d’un pouvoir de droit divin. À l’extérieur, l’incompréhension politique et religieuse nourrit une relation perverse entre l’Occident latin et la Russie orthodoxe que l’on peut faire remonter à la chute de Constantinople. La Russie, à vouloir à la fois singer l’Occident par la fascination qu’il exerce, et tenir en même temps le rôle surhumain de gardienne de la tradition byzantine, a cultivé en son sein une schizophrénie douloureuse. Courants occidentalistes, slavophiles, révolutionnaires ou conservateurs, notre oeil, bercé de l’illusion démocratique et proprement laïque, ne peut distinguer les nuances des forces à l’oeuvre, ainsi que l’énergie religieuse qui irrigue toute l’histoire russe. Qu’il est facile de ne voir dans le bolchevisme qu’une lutte de classe et le renversement d’un pouvoir autocratique ! Cette plongée dans la psyché russe nous fait comprendre que la Loi et la Grâce doivent être à l’image de la Trinité : unies mais distinctes, aspects indissociables mais séparés de ce qui guide l’Humanité. Aldric Van Gaver