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Les logiques totalitaires en Europe
Stéphane Courtois
Livre
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Année :
2006
Editeur :
Editions du Rocher
EAN13 :
9782268059785
Notre référence :
24035
Nombre de pages :
613

Présentation de l'éditeur
Le XXe siècle a été marqué en Europe par le phénomène totalitaire dont les formes diverses - fascisme, nazisme, communisme - ont été inaugurées et portées par des chefs charismatiques - Lénine, Staline, Mussolini, Hitler. Cependant, par-delà ces hommes, le phénomène était sous-tendu de logiques spécifiques. La logique initiale renvoie à la dimension idéologique des mouvements totalitaires, une idéologie - racialiste, classiste ou ultra-nationaliste - qui, devenue religion politique, légitime la volonté de puissance et de domination totale qui anime les chefs et justifie leurs actions, même les plus criminelles. Lors de leur passage à l'acte pour la prise du pouvoir, les mouvements totalitaires mettent systématiquement en œuvre la logique de la guerre civile qui ouvre le champ de tous les possibles en supprimant les traditionnelles limites de durée, d'espace et de moyens par lesquelles la violence étatique est bridée. Le déclenchement de la guerre civile implique la mise en œuvre de la logique de la terreur qui, selon des intensités variables, a présidé à tous les régimes totalitaires. Enfin, pour conserver le pouvoir à tout prix et développer leurs projets - " construction du socialisme " en URSS, épuration de la race en Allemagne, création de " l'Homme nouveau " en Italie -, les régimes totalitaires liquident les élites traditionnelles ou démocratiques, et suscitent l'apparition de nouvelles élites totalitaires formées d'un type d'homme prêt à pratiquer la terreur pour mieux profiter des gratifications offertes. C'est à toutes ces questions qu'une équipe de vingt-cinq historiens, sociologues et politologues venus de toute l'Europe consacre sa réflexion.
 


Recension

n°179

Le siècle écoulé, riche en tentatives totalitaires (marxisme, fascisme, hitlérisme...), a vu s’affronter ces utopies dans un antagonisme perçu alors qu’elles ont toutes un lien de parenté indéniable.
Ce lien n'est cependant pas dans les crimes commis, mais dans le projet fondamental qui les sous-tend: une refonte totale de l'humanité passant par le remplacement de Dieu par l'Homme.
Pour le scientisme, le monde réel ne peut être régi que par des lois tangibles: Dieu ne serait qu'illusion, au mieux expliquée par la psychologie, au pire par la volonté de domination qui aurait trouvé là un outil puissant.
Voulant rejeter ce qui est perçu comme superstition et assujettissement, certains théoriciens en viennent à penser que l'homme peut par la connaissance étendre sa domination non seulement à la création mais aussi à lui-même, devenir son propre dieu.
Cette idée va être reprise par ceux pour qui l'homme est seul responsable de son destin et qu’à lui seul revient la tâche de bâtir le paradis sur terre, de devenir parfait.
C’est la clé de l’idéologie totalitaire qui trouve ici la justification d'une politique dure envers le peuple ainsi que l'élément saboteur qui explique la dichotomie entre utopie et réalité. Cette volonté qui doit transformer le monde et les hommes va justifier les pires dérives. Volonté de puissance qui nie l'âme et le caractère sacré de l'homme qui exclut. Sous-hommes, parasites, voilà les qualificatifs utilisés pour désigner les coupables, les traîtres, purger le peuple ainsi que l'appareil d'État dans un emballement idéologique où il faut sans cesse être à la pointe de la révolution, sans cesse se dépasser dans sa foi révolutionnaire.
Nouvelle religion, l’expérience totalitaire a en tout cas permis de comprendre que l'homme ne pouvait se passer de Dieu : non pas par la crainte d'un châtiment – ne nous laisset- Il pas libres ? – mais parce que sans raison et sans éthique, sans référent moral supérieur, l'homme n'est plus que l'instrument d'un système technique dont il devient la victime.

Aldric van Gaver