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Malaise dans les musées
Jean Clair
Livre
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Année :
2007
Editeur :
Flammarion
EAN13 :
9782081206144
Notre référence :
28636

Présentation de l'éditeur
Malaise dans les musées Aujourd'hui les musées affrontent les approches les plus désinvoltes et les plus saugrenues. De plus en plus oubliées leurs valeurs identitaires, culturelles et politiques. Allons-nous vers une réalité qui les réduira en entrepôts où puiser des marchandises ?
 


Recension


Comme nul ne l’ignore, Abou Dhabi, émirat de la « côte des Pirates », sur le golfe Persique, naguère vivotant de la pêche et du commerce des perles, est aujourd’hui, grâce au pétrole, l’un des endroits les plus riches du monde.
Or, a-t-on appris au début de 2007, ce coin de désert doit voir la survenance d’un vaste musée exhibant la marque « Louvre », auquel seront confiées, sous forme de prêts à long terme, des oeuvres nombreuses tirées de nos collections publiques. Projet calamiteux ? Il semble bien, et Jean Clair, dont nous plaît l’indépendance d’esprit, le dit en propres termes.
Car louer « dans le dos des citoyens », à la suite d’un accord confidentiel, des tableaux, sculptures et autres objets d’art qui appartiennent à la Nation, bref, faire en sorte que, simples « ballots de marchandises », ils rejoignent un circuit d’activités économiques, cela, à l’évidence, bouleverse, et de la plus inacceptable façon, notre idée traditionnelle du musée, « croisement d’un certain espace dans un certain temps », et institution permanente sans but lucratif. « Non seulement une collection, insiste Jean Clair, est le reflet de l’histoire d’une nation, mais on ne peut impunément, au nom d’intérêts mercantiles, l’arracher à son lieu géographique, historique, esthétique et sociologique. »
Là contre, les oligarchies en place, pour masquer leur coup fourré, invoquent avec emphase le noble souci d’un dialogue universel des cultures, cette tarte à la crème qui suffit à tout et justifie tout – et que le Musée du Quai Branly (à l’origine duquel se trouve l’inepte Jacques Chirac, contempteur déclaré du « prétendu » héritage grécoromain de la France…) a charge spéciale de promouvoir. En oubliant ce qu’il y a de différent, de clos, d’irréductible dans chaque oeuvre. En s’en tenant à l’illusoire petit dénominateur commun de la « beauté ».
Mais, demandent quelques-uns, une ère qui se fait l’entrepôt de toutes les espèces d’art, qui admire à la fois, et sans réserve, une toile de Chardin et une marionnette Batak, comment s’adonnerait-elle à une création puissante et originale ? Son plus exact miroir à l’échelle européenne, Jean Clair nous l’indique : le nouveau musée d’Art contemporain de Luxembourg, immense et vide.

Michel Toda