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Malaise dans les musées
Jean Clair
Livre
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Présentation de l'éditeur
Malaise dans les musées Aujourd'hui les musées affrontent les approches les plus désinvoltes et les plus saugrenues. De plus en plus oubliées leurs valeurs identitaires, culturelles et politiques. Allons-nous vers une réalité qui les réduira en entrepôts où puiser des marchandises ?
Recension
Comme nul ne l’ignore, Abou
Dhabi, émirat de la « côte des
Pirates », sur le golfe Persique,
naguère vivotant de la pêche et
du commerce des perles, est
aujourd’hui, grâce au pétrole,
l’un des endroits les plus riches
du monde.
Or, a-t-on appris au
début de 2007, ce coin de désert
doit voir la survenance d’un
vaste musée exhibant la marque
« Louvre », auquel seront
confiées, sous forme de prêts à
long terme, des oeuvres nombreuses
tirées de nos collections
publiques. Projet calamiteux ? Il
semble bien, et Jean Clair, dont
nous plaît l’indépendance d’esprit,
le dit en propres termes.
Car louer « dans le dos des
citoyens », à la suite d’un accord
confidentiel, des tableaux,
sculptures et autres objets d’art
qui appartiennent à la Nation,
bref, faire en sorte que, simples
« ballots de marchandises », ils
rejoignent un circuit d’activités
économiques, cela, à l’évidence,
bouleverse, et de la plus inacceptable
façon, notre idée traditionnelle
du musée, « croisement d’un
certain espace dans un certain
temps », et institution permanente
sans but lucratif. « Non
seulement une collection, insiste
Jean Clair, est le reflet de l’histoire
d’une nation, mais on ne peut
impunément, au nom d’intérêts
mercantiles, l’arracher à son lieu
géographique, historique, esthétique
et sociologique. »
Là contre, les oligarchies en
place, pour masquer leur coup
fourré, invoquent avec emphase
le noble souci d’un dialogue
universel des cultures, cette tarte
à la crème qui suffit à tout et justifie
tout – et que le Musée du
Quai Branly (à l’origine duquel
se trouve l’inepte Jacques Chirac,
contempteur déclaré du
« prétendu » héritage grécoromain
de la France…) a charge
spéciale de promouvoir. En
oubliant ce qu’il y a de différent,
de clos, d’irréductible dans chaque
oeuvre. En s’en tenant à l’illusoire
petit dénominateur commun
de la « beauté ».
Mais, demandent quelques-uns,
une ère qui se fait l’entrepôt
de toutes les espèces d’art, qui
admire à la fois, et sans réserve,
une toile de Chardin et une
marionnette Batak, comment
s’adonnerait-elle à une création
puissante et originale ? Son plus
exact miroir à l’échelle européenne,
Jean Clair nous l’indique
: le nouveau musée d’Art
contemporain de Luxembourg,
immense et vide.
Michel Toda