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Solitude de la grenouille
Michel Crépu
Livre
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Présentation de l'éditeur
" Le scoop est là, la dépêche qui tue vient de tomber : la France est un pays comme les autres. Sans doute est-ce la première fois de son histoire que la France est seule à porter le poids de sa propre vanité. "
Recension
n°172
Romancier (
Quartier général,Grasset, 2004), auteur d’essais remarqués (
Le tombeau de Bossuet, Grasset, 1997, prix Fémina et Grand Prix de la critique de l’Académie Française), critique littéraire au Masque et la Plume, Michel Crépu dirige
La Revue des Deux Mondes, vieille dame à laquelle il a su redonner une belle jeunesse.
Solitude de la grenouille est un pamphlet au sens noble du terme, un texte servi par une écriture vraie, loin, très loin, des faibles articles de mauvaise presse, écrits à la va vite, que l’on tente souvent de nous vendre comme des livres. C’est que l’homme a lu Proust, Sainte-Beuve, Bernanos etThomas d’Aquin. Cela suffirait
à valoir le détour. Mais il y a
plus : Crépu met sa plume exactement
là où cela fait mal, écrivant
que « Le scoop est là, la dépêche
vient de tomber : la France est
un pays comme les autres. Sans
doute est-ce la première fois de son
histoire que la France est seule à
porter le poids de sa propre
vanité ». Là où cela fait mal ?
Michel Crépu remet les démagogues
déchaînés de tout bord à
leur place, un peu comme on le
fait avec un gamin prétentieux.
En ce temps dominé par les
enfants capricieux de trois ans,
aux prétentions multiples, à
l’exercice catastrophique de
pouvoirs sans âme ni éthique,
Crépu assène, en finesse et non
sans un humour grinçant, un lot
de vérités nécessaires. Qu’est
devenue la France ? « La Pucelle
criant au secours alors que les soudards
de la Mondialisation, gros,
laids et incultes, sont déjà dans
l’escalier. Vous n’avez pas le droit,
leur dit-elle, retenant d’une main
le dernier voile : je suis trop
sublime », écrit l’auteur. Car il
en a marre, Crépu, marre de voir
le Beau disparaître au profit
d’une France humiliée, marre
du déni de l’histoire et de la
prostitution démagogique généralisée,
celle des petits « révolutionnaires
» ridicules (« Le Che
continue plus que jamais d’être le
Christ, mais la maison de retraite
des soixante-huitards affiche complet
») ou du « mollah Onfray ».
Cet essai est un cri de colère
tout droit sorti d’un temps où la
littérature était autre chose
qu’une banale marchandise, et le
cri, quand il est courageux, est
salvateur. Comme tous les vrais
livres, cette Solitude de la grenouille
pose une question essentielle
: que reste-t-il quand les
mots eux-mêmes n’ont plus de
sens ?
Matthieu Baumier