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Les Aveux : Nouvelle traduction des Confessions
Livre
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Présentation de l'éditeur
" Ne laisse pas ma part obscure me parler. Je me suis dispersé là-bas. Je suis obscur. Mais là, même là, je t'ai aimé à la folie. Je me suis perdu et je me suis souvenu de toi... Maintenant je reviens vers ta source. En feu. Le souffle coupé. Personne pour m'en empêcher. Je vais la boire. Je vais en vivre. Je ne suis pas ma vie. Je vis mal de moi. J'ai été ma mort. " Livre XII, 10. Interpellations, confidences, exhortations, aveux, micro narrations, souvenirs, hymnes, fictions, louanges, analyses exploratoires, déplorations, cris, anathèmes, psaumes, discours, chants... J'ai voulu, par une nouvelle traduction intégrale du texte d'Augustin, rendre justice à cette véritable odyssée personnelle, à ce voyage intime dans le temps, la mémoire de soi et l'écriture. Augustin révolutionne ainsi la confession antique, détourne la littérature classique, et fait exploser les cadres anciens à l'intérieur desquels nous avons l'habitude de nous réfugier et de penser notre vie.
Recension
n°193 mai 2008
Prétendre traduire de nouveau les
Confessions de saint Augustin est une fort
belle entreprise, bien qu’il ne faille aucunement
se dissimuler que le travail
accompli jusqu’à ce jour en cette matière
ne souffre d’aucune insuffisance qui fît la
tâche nécessaire. Autant avouer qu’il
faut avoir de bonnes raisons pour s’atteler
à une telle entreprise et contenir
assez en soi de talent afin qu’il
devienne avantageux de la rendre publique. Et
que chose soit ancienne ne suffit évidemment
pas à consacrer sa péremption – croire le
contraire est s’aduler.
Mais qu’est-ce ci ? Une nouvelle traduction. Il
paraît que notre époque a découvert la clef
dorée de l’objectivité totale, celle qu’ignorèrent
tant de siècles où les préjugés giboulaient sur
les cervelles. Une ère comme la nôtre serait
donc celle de la traduction véridique, celle qui
se traduit devant l’auteur au lieu que de le traduire
devant elle, celle, positive, qui devient le
miroir d’un fait et non celle qui tout satellise
autour de son ombilic. Ce ne sera pas le cas ici
où notre ère étale impudiquement son symptôme.
On nous parle gentiment de « nouvelle
traduction », on tend donc l’oreille (il s’agit
quand même de saint Augustin), on y regarde,
et un piteux équipage au passage nous gave de
ce hoquetant brouet plein du jus de l’outremoderne
treille.
La « traduction » est morfondue, bourrelée
de contresens linguistiques, théologiques, philosophiques,
littéraires, avec d’artificiels effets de
syncope, mots isolés dans le genre riendutoutiste,
procédé évidemment absurde alors que le
style augustinien se déploie dans le souffle et la
longueur du grand rhéteur romain lecteur de
Cicéron. On invente dans la foulée un titre qui
est un non-sens : Les Aveux, parce qu’on ignore
encyclopédiquement qu’Augustin confesse certes
sa vie mais aussi et surtout sa foi, valeur du
terme confessio dont le sens ne peut être restitué
par ce titre de cour d’assises.
En cette entreprise le métraducteur nous
donne une préface où tout n’est qu’âne imbu et
où le lecteur peut lors déjà voir qu’il sera bientôt
gîté dessous un maître en impéritie. Il y est
fait étalage, en un hagard brouillard, de la subjectivité
du traducteur, puis d’une sorte de
« christianisme » auquel on se convertit, paraîtil,
dans l’infidélité et qui associe la foi et l’épuisement.
Certains aiment assaisonner leurs
confusions de condiments ésotériques qu’ils
prennent pour du christianisme. Qu’ils se laissent
plutôt activement croître en la grâce, et
qu’ils ne confondent pas le reliquat des fatigues
humaines avec le surabondant Ami qui suscite
les intarissables élans choraux des Confessions
augustinienne. L’appel de Dieu résonne toujours
en l’âme et suscite saintement fatigue pour certains
aspects du monde, mais en rester à ces
fatigues est refuser l’appel de Dieu. Les Confessions
appellent à la Voix de Dieu en qui le
Chant du Repos n’est pas celui d’une extinction
mais d’une ineffable Vie dont l’inextinguibilité
s’appelle l’Eternité. Cette Voix s’est donnée Voie
en Jésus-Christ, qui prit sur lui toute lassitude
afin que la lassitude ne soit plus obstacle à l’ascension
de l’homme vers cette glorieuse vocation
que saint Augustin ne cesse de confesser.
Maxence Caron