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Option ParadisFrançois TaillandierLivre
Prix : 18,00 € Disponibilité : en stock, expedié sous 24h Plus que 3 exemplaires en stock. Commandez vite !
Année : 2005 Editeur : Stock EAN13 : 9782234057968 Notre référence : 11283 Nombre de pages : 272 |
Je repense souvent à tous les gens que nous avons vus vivre ici. Ce n'est qu'en devenant à notre tour adultes que nous pouvons nous interroger sur ce qu'ils étaient. Quand j'étais petit, les gens me paraissaient normaux. Je considérais qu'ils étaient ce qu'ils disaient être, ce qu'ils laissaient voir. Les conversations courantes, la lecture du journal, le déjeuner du dimanche, l'observance des règles élémentaires de la vie sociale. Ils se conformaient à tout cela, mais nous savons bien, à présent, que c'était faute de savoir que faire du reste, de ce qui bouillait dans la marmite. Ils étaient désarmés, ils ne savaient pas comment faire autrement. Ils y passaient tous. Il y avait quelque chose de caché ici, dans ces murs, dans ces pièces. " Ils restèrent silencieux. Ils se tenaient dans leur présence et leur distance. Ils avaient été enfants ici, puis ils avaient changé de sphère, connu des mondes nouveaux. Ils avaient su que ce pays ne les retiendrait pas, ne les retiendrait plus. A quoi s'agissait-il donc d'échapper ?
Biographie de l'auteur
Du présent au passé, d'une mémoire à une autre, l'histoire de cinq générations en cinq volumes. Tel est le projet ambitieux de La grande intrigue avec lequel François Tallandier renouvelle le roman familial et sociologique. Après Anielka (grand prix du roman de l'Académie française, Stock, 1999) et Le cas Gentile (Stock, 2001), Option Paradis inaugure un grand cycle romanesque.
Les nouvelles de la littérature française contemporaine ne sont pas toujours si mauvaises que nous avons l'habitude de le croire. François Taillandier le prouve dans son nouveau roman, Option Paradis, qui n'est que le premier volume de ce qui constituera au final une pentalogie, comme il nomme audacieusement la série de cinq volumes de l'histoire familiale qu'il commence de raconter aujourd'hui. La lignée dont Taillandier nous entretient, dont il explore les maux et les bonheurs, dont il révèle les cadavres dans le placard, plonge ses racines dans un petit village « aux confins du Sancerrois et de l'Yonne ». Un lieu très français, trop français parfois même, où trône encore la vieille maison familiale maintenant désertée et qu'un cousin et une cousine quadragénaires que les ans ont séparés quoiqu'un amour étrange les ait toujours liés l'un à l'autre, réinvestissent le temps de courtes vacances. Dans leurs nuits passionnées, les souvenirs resurgissent, l'image de leurs parents et aïeux tourmentés revient les hanter et de ces évocations renaît ce qui n'est au fond que l'histoire de la France du XXe siècle, avec ses cortèges de héros et de collabos, de conservateurs et de révolutionnaires, de destins fracassés par l'ouragan de l'hybris moderne et de joies spirituelles. Entrant dans cette oeuvre, on pourrait songer à une aimable réédition des Thibault de Martin du Gard – ce qui ne serait d'ailleurs pas vraiment déshonorant. Mais la couleur des passions qui y sont dévoilées, mais l'incertitude de ces âmes livrées à leur solitude au milieu des ruines d'une civilisation succombant sous les coups de boutoir des idéologies, mais leur recherche de la vérité et du salut, tout cela nous jette bien plutôt dans un monde bernanosien. La grand-mère pleurant la disparition du curé en chaire, des bancs de messe réservés, de la pompe d'une grande liturgie catholique où le mystère écrasait les fidèles de tout son poids d'amour et d'exaltation ; les enfants exilés dans une ville nouvelle du Val-de-Marne dont on pressent que personne ne l'habite réellement ; l'effacement progressif au fond de toute possibilité de présence au monde ; l'évacuation des symboles qui cimentent un peuple : ce que Taillandier montre, non pas qu'il ait une thèse à soutenir, non pas qu'il ait une lecture du monde à imposer, puisqu'il demeure au contraire perpétuellement dans l'art du roman – cette grâce de peindre et rythmer sans démontrer –, c'est le passage radical d'une terre habitable et particulière à une étendue anonyme que le temps même déserte.
François Taillandier confirme ici, après ces très grands romans qu'étaient déjà Des hommes qui s'éloignent, Anielka ou Le cas Gentile, son talent, si rare dans la production contemporaine, de créateur de personnages réalistes, en quête de salut à travers les pièges du monde et qui, pour être totalement incarnés, n'en sont pas moins déchirés par une volonté d'élévation impossible. Ce ne sera pas faire injure à l'auteur, dont on connaît par ailleurs lafascination qui le tient pour le Linceul de Turin, et qui nous a valu un merveilleux poème (L'un seul), ce sera au contraire une louange, que de relever l'inspiration chrétienne de son oeuvre et de nous en réjouir. Sans être évidemment une profession de foi, ce roman met en lumière, dans une période de négationnisme intense, où nos racines ne sont apparemment plus du tout ce que nous avions toujours cru qu'elles étaient, chrétiennes, l'inculturation profonde, dans toutes les consciences occidentales, même dans celles qui s'en défendent, de l'anthropologie nouvelle que le Christ, par l'Incarnation, par la Rédemption et par la Résurrection, a définitivement imposée au monde des hommes.
Jacques de Guillebon