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Pour un réenchantement du monde
Une introduction à Chesterton
Philippe Maxence
Livre
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Présentation de l'éditeur
Tout le monde a entendu parler de Chesterton, du Chesterton de L'Homme éternel, d'Orthodoxie, des aventures du Father Brown. Son nom résonne comme celui d'un classique, d'un grand homme, une grande figure littéraire et religieuse de l'Angleterre. Trop connu Chesterton ? Plutôt mal connu, ou connu sous un aspect seulement de son œuvre, constamment rééditée, mais qui n'est qu'une infime partie d'un corpus gigantesque, multiforme - l'homme fut critique littéraire, journaliste, philosophe, romancier, poète - à la mesure du physique de l'auteur, qui, disait-il en souriant, n'était plus que rondeur... Comment ne pas se perdre devant une telle profusion ? En allant au centre de la pensée de Chesterton, au cœur de son être. Ce cœur qui donne sens à toutes les parties, c'est selon Philippe Maxence cet esprit d'enfance qui habitait Chesterton, et qu'il voulait redonner à l'homme moderne, au chrétien "adulte", trop sûr de sa science. Enfance, innocence, pureté, vérité : en déployant dans son œuvre les facettes multiples du paradoxe de la foi, Chesterton veut remettre le monde à l'endroit et nous faire redécouvrir, à l'instar de la "petite voie" de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, le caractère extraordinaire des choses ordinaires.
Recension
La Nef n°152
Le titre de l’essai de Philippe Maxence est un clin d’œil à celui du célèbre ouvrage de Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde, dans lequel il développe sa thèse qui fait du christianisme « la religion de la sortie de la religion ». Philippe Maxence a raison de voir en Chesterton (1874-1936) un antidote aux aspects les plus désespérants de notre modernité. La difficulté est que Chesterton est tout, sauf un théoricien ou même un penseur qui présente ses idées de façon structurée. Romancier, poète, journaliste, essayiste, polémiste, Chesterton a écrit des milliers et des milliers de pages qui restent très marquées par leur contexte et qui ne sont pas toujours d’une lecture aisée. Beaucoup de ses écrits sont des réponses à des polémiques de l’époque et il faut piocher ici ou là pour appréhender l’ampleur et la cohérence de sa pensée. Avouons aussi que tous ses livres sont loin d’être des chefs-d’œuvre. Si bien qu’un guide est nécessaire pour s’y retrouver et Philippe Maxence répond parfaitement à ce qui est annoncé en sous-titre de son livre : une introduction à Chesterton.
Il ne s’agit pas d’une biographie – qui reste à faire pour le public français –, mais d’une analyse des principaux thèmes chestertonniens. Une citation de l’auteur nous paraît bien résumer le cœur de l’analyse de Chesterton et ce pourquoi il est plus actuel que jamais : « Chesterton sait que la modernité n’a pas seulement introduit l’orgueil dans le monde, la prétention d’égalité entre le vrai et le faux, la mise en pièce du beau au profit du laid. Il a saisi intuitivement que son apport principal porte le nom de désenchantement. L’homme a perdu la clef du monde. Et depuis il erre, sans joie, portant sa peine et son fardeau, ayant perdu le goût de cette réalité qu’est le bonheur. Le monde moderne impose au chrétien la pire des conditions. Dans un certain sens, pire que celle du reniement : la condition de ne pas paraître sauvé. Et cette condition est rendue possible parce que l’émerveillement est devenu impossible. La contemplation a été bannie de la cité et elle a emporté avec elle la clef du bonheur » (p. 90).
Chesterton, en effet, est fondamentalement un anti-moderne, comme l’était presque à la même époque un Bernanos. Cette modernité qui bafoue l’enfance – que dirait Chesterton aujourd’hui ! –, il l’exècre et contre ce fléau sa plume est celle d’un chevalier en croisade. Philippe Maxence a raison d’insister sur l’esprit d’enfance – au sens de l’Évangile – qui caractérise tant son personnage. Car beaucoup d’aspects de sa personnalité découlent de là : sa joie profonde – Chesterton est à l’opposé d’un écrivain triste –, l’importance qu’il prête à l’imagination – d’où son amour des contes de fées –, et jusqu’à son légendaire sens du paradoxe qui imprègne toute son œuvre. Tout cela n’enlève rien à la grandeur de la raison, mais Chesterton montre que celle-ci, déconnectée de l’ordre surnaturel, devient folle. « Supprimez le surnaturel, écrit-il dans Hérétiques (1905), il ne reste que ce qui n’est pas naturel. » C’est encore le sens de sa célèbre formule sur les idées modernes qui sont « des idées chrétiennes devenues folles ».
Philippe Maxence s’arrête longuement sur l’imagination ; celle-ci, d’ailleurs, « n’est pas seulement contraire à la raison, elle lui est nécessaire » (p. 40). Et là il cite des passages de l’un des chefs-d’œuvre de Chesterton, l’un des livres les plus lumineux sur saint Thomas d’Aquin : « Derrière le Docteur commun, Chesterton opère donc fondamentalement une révolution mentale. Il balaie le doute, le scepticisme, le déterminisme et l’intellectualisme. Il remet l’imagination à une place centrale et nécessaire, permettant à l’intelligence de conceptualiser à partir d’une première connaissance apportée par les sens. » (p. 41).
Nous laissons aux futurs lecteurs la joie de découvrir les autres thèmes présentés par Philippe Maxence dans cet essai qui manquait et qui fera date sur un auteur dont l’âme de tout son combat a été la défense du véritable christianisme contre toutes ses dénaturations.
Christophe Geffroy
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