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Saint-Simon ou l'anti-Marx

Saint-Simon ou l'anti-Marx

Christophe Prochasson

Livre
Prix :
23,00 €
Disponibilité :
Habituellement expédié sous 6 à 10 jours

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Année :
2004
Editeur :
Perrin
EAN13 :
9782262014872
Notre référence :
9317
Nombre de pages :
344

Présentation de l'éditeur
 Pourquoi, au début du XXIe siècle, se tourner vers l'énigmatique comte de Saint-Simon, né en 1760 et mort en 1825 ? Aristocrate excentrique, cousin éloigné du célèbre mémorialiste de la cour de Louis XIV, écrivain fantasque aux idées extravagantes, Saint-Simon hante l'histoire des idées politiques françaises depuis deux siècles. Aventurier philosophe auréolé d'une étrange légende faite d'actes héroïques et de visions surprenantes, il avait laissé sa pensée si ouverte qu'il fut en mesure de répondre à toutes sortes de besoins politiques et intellectuels : le libéralisme du XIXe siècle, le socialisme réformiste et scientifique de la fin du XIXe siècle, le néo-socialisme des années 30, la technocratie réformiste des années 60, jusqu'à une fraction de la deuxième gauche qui créa dans les années 80 une " Fondation Saint-Simon " ayant rassemblé syndicalistes, patrons, hauts fonctionnaires et intellectuels, ces " forces vives de la nation ". Preuve, s'il en était besoin, que sa figure comme sa curieuse doctrine n'ont pas perdu de leur actualité. Cet ouvrage restitue les aventures de cette pensée cachée et cependant toujours présente, à travers deux siècles d'une histoire politique française saisie au travers des grandes idées qui ont eu l'occasion de s'y déployer. Ennemi de la politique qu'on appellerait aujourd'hui " politicienne ", celle que préformatent les idéologies et les clientèles, Saint-Simon rêvait d'une " administration des choses " déterminée selon les lois de l'intérêt général qu'éclairerait le seul régime de la raison. La première biographie du plus important penseur politique français du XIXe siècle et de la postérité de ses idées permet de comprendre pourquoi les décideurs français se situent à la fois à la marge du monde et, souvent, de l'entendement de leurs concitoyens.
 
Recension
La Nef n°162

L’historien et essayiste catholique Georges Goyau écrivait un jour : « De la doctrine saint-simonienne, de la bizarre existence de son fondateur, des baroques saturnales organisées par ses adeptes, longtemps il fut convenu de rire ; et l’on doit bien avouer que, de prime abord, le rire s’imposait. » Ce comte de Saint- Simon, en effet, qui donna son nom à une école de pensée d’assez brève durée, mais dont l’influence s’est prolongée de diverses façons au cours des XIXe et XXe siècles, se distinguait par sa solide originalité, ou, pour mieux dire, par sa volonté d’être original. Parent du célèbre mémorialiste, il avait participé à la guerre d’indépendance américaine, s’était lancé au temps de la Révolution dans le fructueux trafic des biens nationaux, ce qui ne l’empêcha pas d’être emprisonné sous la Terreur, et, après Thermidor, employa son argent à « acquérir de la science ». Car un projet l’occupait fort : celui d’un agencement rationnel de l’humanité. Afin d’en trouver la formule, il allait se constituer l’amphitryon des mathématiciens, des médecins, et d’autres hommes de savante réputation. Puis, se jugeant suffisamment fourni en connaissances de toutes sortes, il embrassa la carrière de réformateur social.

Pour autant qu’on soit en mesure de démêler le sens de l’oeuvre élaborée par Saint-Simon, « informe tas de brochures, de prospectus et de brouillons », a ironisé un docte glossateur, elle se présente comme un acte de foi dans la notion de progrès (déjà déifiée par Condorcet) et comme une philosophie du travail. L’idée de propriété y est supplantée par l’idée de production, la politique par l’industrie, « source unique de toutes les richesses » – d’où l’anathème jeté sur les « frelons », oisifs et parasites, qui spolient à leur profit les actifs et les laborieux (que désigne le mot « abeille »). En somme, une visée s’accuse qu’on peut définir ainsi : la résorption de l’appareil gouvernemental dans la gestion économique.
Pleines d’obscurités, de mystères et d’incohérences, note Christophe Prochasson, la vie et les théories de Saint-Simon, arrangées, triturées, disloquées par des disciples enthousiastes et parfois abusifs, facilitèrent à un degré rarement atteint dans l’histoire intellectuelle tous les conflits d’interprétation. C’est d’ailleurs à l’étude de cette postérité complexe qu’il a consacrée la plus neuve et importante part de son livre.
Michel Toda